‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 90 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

poHance, notamment aux temps des Scaliger. Depuis le commencement jusqu'à la fin du quinzième siècle, les voûtes de l'amphithéâtre servaient de logement à des prostituées, qui payaient un loyer à la ville pour avoir le droit de s'y livrer à leurs ébats. Comme dans toutes les villes pourvues d'amphithéâtres, on n'avait pas cessé d'employer comme matériaux de construction les pierres de celui de Vérone aussi. Cependant, cette ville se distingua de bonne heure de toutes les autres, par sa sollicitude pour la conservation d'une aussi magnifique ruine. Dans un statut de Tan 1228 déjà, le podesta promet d'allouer pour la restauration de l'arène , dans le premier semestre de son administration, 800 lire sur4es fonds de la caisse communale, somme considérable pour le temps. Un second statut, antérieur à 1376, ordonne de fermer l'arène et d'en remettre les clefs à la garde de la commune, attendu que beaucoup de méfaits y étaient commis et pourraient, sans cette précaution, s'y renouveler. Des peines furent portées en même temps contre qui tenterait de forcer les portes et d'endommager les murs du bâtiment, ou d'y déposer des immondices. Un troisième statut, de 1478, sévit de même contre qui enlèverait des pierres et des marches de l'édifice. Cependant, ces dernières avaient en majeure partie disparu dès lors. En 1480, un poëte décrit l'arène dénuée de gradins [gradibus vacua). L'œuvre de la restauration commença avec le seizième siècle. A partir de 1848, il y eut, de temps en temps, élection d'un bourgeois chargé de veiller à la conservation de la ruine; en 1868, on fit une collecte, pour le rétablissement dés gradins; en 1879, on établit une taxe à percevoir tous les quatre ans, pour l'entretien du bâtiment. En outre, le quart du produit des amendes devait être affecté au même

objet. Le conseil des Dix et celui des Cinquante prirent, plusieurs fois, des résolutions semblables. Au dix-septième siècle, on nomma deux conservateurs du bâtiment, les présidents de l'arène. A cette époque, il s'y donnait souvent des tournois : ainsi en 1622 et en 1654; mais il y en avait déjà eu quelquefois dans les siècles précédents, puisque l'on en mentionne positivement un de l'année 1222. En 1716, on y organisa un carrousel en l'honneur de l'électeur de Bavière. Le noble Véronais auquel nous sommes redevable de cet historique du monument le plus remarquable de la ville de ses pères, le marquis Maffei, invite, à la fin de l'écrit dont nous parlons, la jeunesse patricienne de Vérone à profiter, de temps en temps, de ce théâtre unique et incomparable , pour montrer son courage et exercer sa vaillance ^ .

Cet amphithéâtre avait, au temps de sa splendeur, quatre étages sur une hauteur de cent dix à cent vingt pieds véronais. On y comptait, d'après Maffei, vingt-deux milles places pourvues de sièges, et dans ses parties les plus élevées il y avait l'espace nécessaire pour contenir, en outre, un nombre presque égal de spectateurs, qui étaient néanmoins obligés de s'y tenir debout. Il y avait soixante-douze entrées, toutes numérotées. Le mur du podium était orné de marbres précieux, dont il reste encore des fragments. L'écoulement des eaux de pluie et des immondices se faisait par des canaux souterrains, qui n'étaient pas toutefois disposés de manière à permettre la submersion de l'arène.

Mais, parmi ces ruines, la plus imposante de beaucoup c*est celle de l'amphithéâtre Flavien, le fameux Colisée {Co-

1 Maffei, Verona illustraf a, Yoh \, p. 135-148 (2« édit., Milan, 1826).

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