LIVRE YI. — LES SPECTACLES
losseum)y nom que lui valurent, selon loule probabilité, ses dimensions colossales *. Bien que la cupidité et un excès de zèle religieux l'eussent dépouillé, de bonne heure, de tous ses ornements, ses murs restèrent intacts pendant plusieurs centaines d'années, même après la chute deTempire d'Occident, et inspirèrent au huitième siècle de notre ère, à un de ses admirateurs, les paroles suivantes : « Tant que le Colisée sera debout, Rome subsistera; mais quand le Colisée tombera, Rome tombera, et avec la chute de Rome périra le monde ^. »
La première dévastation notable du Colisée n'eut lieu peut-être qu'en 1084, année dans laquelle Robert Guiscard ravagea la majeure partie de la ville entre le mont Célius et le Capitole'. D'autres ravages y furent occasionnés par les querelles intestines du douzième siècle et du treizième, pendant lesquels il servit le plus souvent de forteresse aux Frangipani, capitaines de la région du Colisée, qui formait un des treize quartiers de Rome à cette époque *. Au commencement du quatorzième siècle , il fut adjugé au sénat et au peuple de Rome, qui y organisèrent, le 3 septembre 1332, un grand combat de taureaux. Tous les barons des environs y furent invités, trois grandes dames y eurent l'office de conduire les dames de la ville à leurs places. On connaît môme les noms des champions qui furent désignés par le sort, ainsi que leurs couleurs et leurs devises. Dix-huit de ces champions restèrent sur le carreau; neuf autres furent blessés, et il y eut
1 Maffei, Degli anfiteatriy 2« éd., p. 31.
2 Bède le Vénérable, Collée t. ^ chap. m, de bell.
3 Marangoni, Délie memorie sacre e profane delV anfiteatro Flavio (1746), p. 46.
* laid., p. 49 à 53.
onze iaureaux de tués. Les corps des paladins tombés dans le combat furent inhumés] en grande pompe, au milieu du concours général de la population, dans les églises de Sainte- Marie -Majeure et de Saint- Jean- de -Latran *. En 1381 , le sénat et le peuple firent don d'un tiers du Cotisée à la confrérie de la chapelle Sancta Sanctorum, en reconnaissance de ses bons services au point de vue du rétablissement de Tordre dans le quartier, où cette ruine servait d'asile à tant de malfaiteurs qu'elle était devenue comme un repaire de brigands ^. Suivant Marangoni, cette confrérie avait installé au Colisée liiéme, dans quelques corridors des étages supérieurs, après avoir tait murer à cet effet les arcades du dehors, un hôpital qui fut réuni plus tard à celui du Latran. Avec Taffluence croissante des fidèles venant, d'Italie et de l'étranger, porter le tribut de leur vénération à ce sol imprégné du sang des martyrs, on employa le produit d'aumônes à l'érection d'une chapelle au haut de l'ancien podium, à côté de laquelle on établit une case pour loger un ermite. Au-dessus de la chapelle se trouvait une scène, fermée par des murs de séparation, sur laquelle était représenté chaque année, le vendredi saint, un jeu de la Passion , souvent mentionné dans des écrits du quinzième siècle et du seizième ^. La suppression de ce jeu eut lieu sous Pie lU. Dans l'intervalle, on n'avait jamais cessé d'exploiter la ruine pour en utiliser la pierre. Déjà au commencement du quinzième siècle, Poggio se lamentait de voir la majeure partie des débris du Colisée réduite à
1 Marangoni, p. 53-55.
2 Ibid., p. 55, etc.
3 Ibid., p. 58 à 60.