‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 97 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

danger de ces licences. Il paraît qu'en général les empereurs jugèrent de bonne politique de relever ces allusions le moins possible. Déjà Jules César eut à en subir une, à son coup d'État \ de la part de Tauleur et acteur mime Labérius; et, après l'assassinat du premier fondateur de l'empire, Cicéron se fit rendre compte par Âtticus des mots que les mimes avaient débités à ce sujet et de l'accueil qu'y avait fait le peuple^, A cette phrase d'une pièce mimique, dite un jour en présence d'Auguste : Oh! le doux et bon maître I éclata une jubilation tendant à présenter ces mots comme rex[)ression caractéristique du sentiment général pour l'empereur : flatterie dont Auguste se défendit sur-le-champ, de la mine et du geste, et qu'il repoussa le lendemain par un édit conçu en termes assez vifs*. Mais, une autre fois, le public s'avisa aussi de prêter à un vers, très-innocent par luimême, un sens qui renfermait une dure allusion aux habitudes de mollesse d'Auguste*, Pendant le séjour de Tibère à Caprée, un passage d'une atellane, comportant une allusion à ses débauches, fut accueilli avec de bruyants applaudissements^. Dès Tan 22 ou 23 de notre ère, c'està-dire quelques années avant de s'éloigner de Rome, Tibère , à l'occasion de diverses plaintes , élevées par les préteurs contre les acteurs de la scène, avait adressé au sénat une lettre blâmant leur insolence. Elle portait que Tatel-

1 Macrobe, Sat., II, 7.

2 Cicéron, ad Atticum^ XIV, 3 (an de Rome, 710) : Tu si quid irpay- (Laxixov habes, rescribes : sia minus, populi sict(ni(i.a(Tiav et mimorum dicta perscribito.

3 Suétone, Auguste^ cliap. xliii.

* Ibid., chap. lxyiii.

î» Le méme^ Tibère, chap. xlv.

lane, cet amusement le plus frivole de la populace, était arrivée à un degré d'infamie et de licence effrénée tel qu'il y avait, pour lés Pères, urgence d'intervenir et de faire cesser le scandale. La tradition ne nous dit pas s'ils intervinrent en effet , ni comment ; les historiens ^e bornent à mentionner l'expulsion des pantomimes d'Italie , vers cette époque % mesure dont nous avons déjà fait connaître ailleurs les causes plus directes^. Caligula ât brûler, dans l'arène de ramphithê&tre , un poète d'atellanes poiu* une plaisanterie susceptible d'être interprétée comme une allusion dirigée contre sa personne^. Après le parricide de Néron envers sa mère, un acteur d'atellane, Datus, ne craignit pas d'accompagner les mots : Salut, père! Salut, mère ! des gestes d'un buveur et d'un nageur, rappelant ainsi l'empoisonnement de Claude et la noyade d'Agrippine. Néron se contenta de le bannir d*Italie^. Quand Galba , que précédait sa réputation de dureté et d'avidité , arriva comme empereur à Rome, et y parut pour la première fois au spectacle, à la représentation d'une atellane , où, parait-il, le chœur des gens d'une maison se plaignait du retour malencontreux d'un vieux maître de la campagne, tout le public fit chorus avec les chanteurs et répéta plusieurs fois le vers significatif^. Aux contemporains , cette licence de la scène d'alors ne paraissait même pas incompatible avec une cérémonie funèbre. Aux obsèques de Vespasien , l'archimime Favor représentait la personne du défunt empereur, dont il s'appliqua, suivant

1 Tacite, Annales, IV, 14.

2 Voir t. I, p. 379.

3 Suétone, Caligula, chap. xxyii.

* Le même, Néron ^ chap. xxxix.

^ Le même, Galba, chap. xii.

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