‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 2)Chapitre 96 sur 258 · LIVRE VI. — LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — LES SPECTACLES

celle-ci par un rideau, sans la chaussure de théâtre, usitée pour la comédie aussi, et sans masque. Leur costume était un habit d'Arlequin à diverses couleurs, sur lequel ils jetaient un mantelet. A côté de l'acteur principal , qui était véritablement le héros de la farce, figurait communément, comme on Ta déjà dit, le personnage du niais, du goulu ou du parasite, reconnaissable à de grosses joues rebon* dies, à sa tète chauve et probablement aussi au costume de son emploi.

La pièce mimique, on n'en peut douter, l'emportait de beaucoup sur les autres espèces de farces par l'effronterie avec laquelle on s'y v moquait des bonnes mœurs, et par l'obscénité qui y dominait, sans équivoque et sans déguisement. Sous la république, on couvrait encore cette licence et ce dévergondage de l'excuse du caractère tout particulier de la fête de Flore , à laquelle avaient lieu principalement les représentations de farces mimiques ; mais , plus tard , on ne jugea probablement plus nécessaire de chercher une excuse. Les rôles de femmes y étaient exclusivement remplis par des femmes. Celles-ci, à la demande du public , se mettaient ordinairement à exécuter des danses, pour lesquelles elles quittaient leur pardessus et se montraient dans un état plus ou moins voisin de la nudité*. Il paraît que c'était pire encore à Byzance et à Antioche, au temps de saint Jean Chrysostome. On comprend qu'Ovide trouvât injuste le reproche d'immoralité fait à ses poésies, lorsque l'empereur et le sénat, des dames^ des jeunes filles et mêmes des enfants, s'amusaient à

1 Gloss. Labb. : Sum nudus, fero levia yuiJivTiTàw. — On voit par là que le mot nudus n'indique pas nécessairement letat de nudité complète.

regarder des pièces mimiques dans lesquelles le mari était continuellement trompé par sa femme et par un amant coquet, et où non-seulement les oreilles apprenaient à ne plus s'effrayer des propos les plus indécents , mais les yeux mêmes s'habituaient à des spectacles révoltants pour la pudeur. Les scènes les plus scabreuses étaient les plus applaudies, et les pièces de l'espèce, les mieux payées par les préteurs ^ Martial aussi put dire que les femmes allant voir les mimes n'avaient pas à craindre la lecture de ses poésies les plus hardies^. Les rapports de Procope sur les représentations mimiques de Théodora donnent une idée de ce que l'on pouvait se permettre dans ces spectacles, bien que cette femme, appelée à trôner plus lard , comme impératrice, dans la métropole chrétienne de l'empire d'Orient, renchérit peut-être encore de beaucoup sur l'impudence des ballerines les plus éhontées de la scène romaine^.

On profita souvent de la représentation de pièces mimiques, ou d'atellanes , pour placer des allusions aux affaires publiques et aux empereurs eux-mêmes. Les acteurs et le public s'entendaient, en quelque sorte, et se donnaient le mot pour appuyer sur les passages applicables aux choses 4u présent, et faire ressortir, d'une façon non équivoque, le sens qu'on y attachait. On se permettait aussi des improvisations et des additions de circonstance, et la certitude d'électriser le public fit probablement oublier souvent aux acteurs et même aux auteurs le

1 Tristes, II, 497, etc.

2 Epigr., UI, 86.

3 Saint Jérôme (Lettres, 52, 2), à propos de l'histoire portant que l'on s'était mis en quête d'une jeune fille, pour réchauffer le sang glacé du vieux roi David, dit : Nonne tibi videtur... figmentum esse de mimo vel atellanarum ludicro?

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