‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 11 sur 77 · UVRE XII « — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

UVRE XII « — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

breuges inégalités dérivant, pour les conditions de l'existence humaine, des diverses formes du développement politique, national et social, et nul commandement divin^ comme aucune loi morale, n'empêchait le privilégié de faire valoir son droit meilleur dans toute son étendue , vis-à-vis de quiconque avait moins de droits que lui. La vie de l'homme n'était pas, pour l'homme, aussi inviolable et sacrée qu'elle doit l'être^ nécessairement, en présence d'une divinité, de laquelle émane toute vie et qui nonseulement n^a pas accordé, mais a défendu expressément à ses créatures défaire usage, entre elles, du droit n'appartenant qu'à Dieu seul d'en détruire aucune. La position que fSeôsait à l'homme la manière dont on concevait, dans l'antiquité, Tordre cosmique lui donnait, avec phis de liberté et d'indépendance, aussi plus de latitude pour disposer de la vie de ceux qui se trouvaient placés sous sa tutelle ou sa puissance. Non-seulement le mattre avait le droit de vie et de mort sur ses esclaves, le père aussi l'avait sur ses enfants; et Platon comme Aristote a recommandé expressément d*ôter la vie à ceux qui seraient à charge à la société*.

Ce caractère de subjectivité que porte la conscience morale des anciens , on le retrouve dans leur philosophie éthique, qui acheva son développement en Grèce, après Aristote, dans plusieurs écoles, par des voies très-différentes, mais cependant convergentes dans leur but, et qui se répandit aussi dans le monde romain, depuis le milieu du deuxième siècle avant Jésus-Ghrist. Elle ouvrait à l'homme la perspective de la félicité, du souverain bien, non dans une autre vie, mais dans la présente déjà, et la

' Zeller, II, 1 , 5S6 ; 2, 574.

lui montrait comme un but que chacun pouvait atteindre, et qui n'était pas au-dessus de ses forces. Elle lui apprenait à chercher en lui-même te point appelé à devenir son point d'appui fixe, dans Tuniversalité du monde moral, ce support que le chrétien trouve dans sa confiance en l'aide d'une puissance supérieure. Tandis que le christianisme promettait le salut par la foi, la philosophie antique préconisait la délivrance par la science. La science du bien et du mal, dont la Bible met la promesse dans la bouche du tentateur^ était pour la philosophie le but de toutes les aspirations humaines, auquel elle se flattait de pouvoir atteindre. Pour celui qui sait, autrement dit pour le sage, les maux qui affligent l'humanité s'évanouissaient, ou du moins ils ne parvenaient plus à troubler sa béatitude, reposant en lui sur une espèce de séquestre de sa personne; la science triomphait même des angoisses de la mort ; la vie

des philosophes, comme disait Socrate^ n'était même tout entière qu'une préparation à la mort^ La science élevait l'homme au-dessus du niveau des faiblesses humaines, le dérobait aux influences du monde extérieur, le rendait invulnérable pour les coups de ce dernier. Or cette béatitude-là ne consistait pas dans la possession, mais dans le renondément, l'absence de besoins, dans la renonciation non-seulement aux biens extérieurs, mais aussi aux inté^ rets les plus importonts, aux inclinations et aux sentiments innés de la nature humaine qui contribuent le plus au bonheur. La devise d'Épictète : Souffre et renonce ! ré^^ume dans un certain sens l'ensemble de la philosophie pratique, comprenant aussi la théorie du bonheur, de tous les sys-

' CicéroD, Tuic, I» 30.

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