LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQCK
nement public des professeurs pris daHs le6 quatre écoles les plus importantes *. ' •
Ce philosophe sur le trône mit la philosophie à la mode, jusqu'auprès des femmes. Le stoïcisme, autrefois si persécuté, devint un titre de recommandation , et les gens qui voulaient se pousser faisaient semblant de Tadopter, ou s'appliquaient à en faire parade *. Parmi les professeurs de philosophie de Tempereur, il y en eut deux surtout qui furent comblés d'honneurs et acquirent une grande influence, le stoïcien Junius Rusticus et le péripatéticien Gn. Claude Sévère. Le premier, fils ou petit-fils du Rusticus que Domitien avait fait mettre à mort et dont il existe encore un buste *, fut le conseiller de Marc-Aurèle, dans toutes les affaires d'intérêt public et privé, et sa parole avait du poids, en temps de paix comme à la guerre. L'empereur ne manquait jamais de lui donner l'accolade avant de passer aux préfets du prétoire, le nomma consul deux fois, et lui fit ériger des statues par le sénat, après sa mort ^. Gn. Claude Sévère, homme de haut rang, avait été consul dès Tan 146; de son fils du môme nom, consul en 463 et 473, Marc-Aurèle fit son propre gendre*. Parmi les empereurs suivants, Septime Sévère notamment, à l'instar de Marc-Âurèle, manifesta de l'intérêt pour la philosophie % et, s'il faut en croire TertuUien ', les philoso-
< Zeller, III, i, 608, etc. — Voir aussi, sur l'immunité d'impôts des professeurs, Kuhn, Const rom., f, 119 (en allem.).
> Dion Cassius, LXXI, 35.
> Orelli, 1190. — Visconti, Iconogr, rom., II, 4i9 Mil. 4 Vie de Marc-Antonin, cb. m.
^ Borghesi, Œuvres épigr.^ I, 247, avec la note de Renier» et Zeller, m, i, 695, " Vie de S^time Sévère^ ch. xviii, et de Géta^ ch. ii. ' Apologet, (199), ch. xlvi.
phes jouissaieut d'une grande liberté de la parole sous son règne, et obtenaient des traitements, ainsi que des statues, malgré les attaques dirigées par eux contre les empereurs. La femme de Sévère aussi, Julia Domna, quand les intrigues du favori Plautien l'eurent brouillée avec son époux, se tourna vers lapbilosophie et s'entoura de philosophes.
 l'époque où la philosophie était mise en suspicion et persécutée, il ne manquait pas, d'ailleurs, de philosophes s'efforçant de représenter leur personne et leur science comme parfaitement inoffensives à l'égard des gouvernements. L'avoué Décien d'Émérite, ami et compatriote de Martial, professait bien les mômes doctrines que Thrasée et Platon: autrement dit, il était stoïcien, mais en môme temps assez raisonnable pour ne pas se précipiter contre des épées nues la .poitrine découverte, ce dont Martial lui fait éloge, en disant qu'il ne voulait pas, lui, d'un homme acquérant la gloire au prix d'un sang versé inconsidérément, mais qu'il lui en fallait un méritant l'éloge sans encourir le martyre ^ Sénèque a défendu la philosophie, à plusieurs reprises, dans ses lettres, contre le reproche d'hostilité au gouvernements Dans une de ces épltres, qui peut avoir été écrite vers le temps où l'on commençait à la mettre en suspicion, il traite de chose inimaginable qu'elle pût jamais ôtre l'objet d'un pareil soupçon, bien qu'il résulte précisément de son apologie que des attaques avaient déjà eu lieu \ « Il faut, dit^il, se réfugier des dangers que présente le monde dans l'asile sûr de la philosophie, science qui protège non-seulement
ft Martial, I, 61, 10; 11, 5; voir aassi]!, 24 et 39 ; 11, proomi., 2; 1,8.
* Sénèque, LeUres, 14, 11 , etc.