‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 15 sur 77 · LIVRE Xll. -— LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. -— LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

de Rome, mesure dont fut excepté le seul Musonius Rufus, qui avait été frappé d'exil sous Néron. Démétrius et un certain Hostilius furent relégués dans des lies ^ Un second bannissement des philosophes fut décrété, en Tan 93 *, par Domitien; il se liait au procès fait au stoïcien Junius Arulénus Rusticus, qui avait appelé Thrasée un saint homme, dans un écrit composé à sa louange, et à d'autres sénateurs animés des mêmes sentiments. Toute cette persécution frappait Topposition politique partout où elle se manifestait, dans la littérature et dans les chairis, et pen* dant que les écrivains et les professeurs les plus notables étaient punis au criminel, le gouvernement prit le parti d'expulser les autres en masse de la capitale.

Mais, après la mort de Domitien, le changement de tout le système du gouvernement entraîna aussi un changement dans la position des empereurs, à l'égard de la philosophie, qui non-seulement cessa d'être regardée comme anti-gouvernementale, mais ne tarda pas à être favorisée de toutes les manières. Dans une lettre écrite peu de temps après la mort de Domitien, en 96 ou 97, Pline le Jeune témoigne sa joie du florissant essor que vient de reprendre, à Rome , le développement de la vie intellectuelle, attesté par de nombreux et glorieux exemples, parmi lesquels il pouvait suffire d'en citer un, les leçons du philosophe stoïcien Euphrate'. Il loue aussi Trajan de sa aollicitude toute particulière pour l'éducation de la jeunesse et des grands honneurs rendus par lui aux maîtres de Téloquence et de la philosophie, a Les études » , dit-il, a pu-

' Dion CassiuB, LXVI, 13.

> MommseD, artiole biographique sur Pline le Jeune, dans V Hermès , lU, S4, etc. ^ Clinton, F. il., ad annum 90. ' Pline le Jeune, Lettres, I, 10. — Mommsen, Hermès, IH, 36, etc.

nies de l'exil par un prince qui, ayant la conscience de ses vices, proscrivait par crainte plus que par haine toutes les aspirations contraires au vice, sont maintenant choyées par Trajan, qui les attire dans son entourage. Elles ont repris du sang et de la vie, recouvré leur patrie '. » Dion de Prnse, qui avait vécu dans un exil volontaire, sous Domitien, revint après la mort de celui-ci. Le règne de N/erva, avec lequel il avait d'anciennes relations d'amitié, fut trop court pour lui permettre de tirer avantage de la faveur de ce prince; mais Trajan aussi, dit-on, se plut à le distinguer*, et Dion affirme, dans un de ses discours, parénétiques sur le gouvernement, composés pour cet empereur, que celui-ci ne prenait plaisir qu'à la vérité et à la franchise, non à la flatterie et au mensonge *. Adrien, qui recherchait la société des philosophes et des savants de tout genre, fut peut-être le premier qui établit des chaires publiques et nomma des professeurs de philosophie à Rome. Antonin le Pieux suivit cet exemple, dans toutes les provinces, et, d'après sa lettre h la diète de la province d'Asie, l'immunité d'impôts qui, pour les autres professeurs, ne profitait qu'à un nombre limité d'entre eux, et qui se réglait sur la grandeur des villes, devait être accordée d'une manière absolue aux philosophes, puisqu'il y en avait si peu. Les traitements des savants appelés au Muséum d'Alexandrie^ et par conséquent aussi ceux des philosophes professant dans cette ville, leur furent maintenus. A Athènes aussi, Marc-Aurèle chargea de Tensei-

t Pline le Jeune, Panégyrique^ 47.

2 Val es. DionU viia (Dion, éd. Dindorf, I, p. xxxir, etc.). ^ Dion Chrysostome. Or. de regno, II!, p. 103 R.; éd. Dindorf, I, p. .19.

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