LIVRE XU. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE
haineux, philanthropie la spoliation. Ils ne demandent pas d'argent, il est vrai, mais ils savent en prendre. Si on leur en envoie trop peu, ils persistent dans leurs principes ; mais, dès qu'ils avisent de l'œil uAe petite bourse bien garnie, Persée a vaincu la Gorgone. Le prétexte est d'une finesse extrême : on a une femme et des enfants en bas Age. Leur définition de la grandeur d'Ame est, certes, trèsoriginale : celle-ci, pour eux, consiste non pas à donner beaucoup, mais à ne pas accepter peu de chose. Quelquesuns^ toutefois, ont déjà pris pour principe de s'accommoder de toute espèce de dons^sauf à crier, après en avoir donné reçu. En dissimulant, comme des parasites, tout en affectant l'air insolent de supérieurs, ils réunissent en eux, comme les inapies de la Palestine, des défauts contraires, la bassesse et l'arrogance. Et de même que ces impies, ils s'éloignent beaucoup des Hellènes, des meilleurs parmi ceux-ci surtout, en ce qu'ils sont, pour tout le reste, plus muets que leur propre ombre; mais, pour ce qui est de déblatérer et de calomnier, ils appellent la comparaison moins avec l'airain sonore de Dodone qu'avec les mouches qui bourdonnent dans l'obscurité. Us sont plus incapables que personne de coopérer à ce qui est nécessaire ; mais s'agit- il de porter l'espionnage et le trouble dans une maison, d'en monter les habitants les uns contre les autres et de déclarer qu'ils y géreraient tout beaucoup mieux, ils s'y entendent comme personne.
Ce fut la bande des cyniques, dont le noni et l'école ressuscitent, après une longue interruption ^ au commencement de l'ère chrétienne, qui contribua le plus à faire prendre en mépris ce qu'on appelait la philosophie ^ Il
* Zeller, lU, 1,684, etc.
n'y avait cependant pas^ même parmi eux, manque' de nobles figures; mais, au deuxième siècle notamment, le cynisme devint de plus en plus une enseigne, derrière laquelle s'abritaient unefoule d'éléments impurs, formant la masse de ces frères mendiants de l'antiquité, véritable fléau, pour la Grèce surtout, par leurs manières communes, disgracieuses et impudentes. La caricature de Diogène et d'Ântisthène , dans l'apparition extérieure, le costume, le genre de vie et la conduite, telle était l'expression suprême dans laquelle une liberté morale fondée sur l'absence de besoins, le renoncement au monde et la pré* tention de s'élever au-dessus de toutes les faiblesses hu« maines, ne se complaisait que trop chez beaucoup de ceux qui avaient pris pour livrée, comme cynique^, le manteau en loques, ou même une peau d'ours, les cheveux et la barbe incultes, le bâton ^, parfois aussi un pilon de mortier * et la besace. Le cosmopolitisme, sans domicile, dégénérait chez eux en vagabondage, le retour à l'état de nature en une malpropreté dégoûtante, à laquelle rien n'obligeait des philosophes, ainsi qu'Épictète ' crut devoir s'attacher à le prouver, dans une dissertation spéciale. Le manque de biens devait servir de prétexte à une mendicité impudente et à ce qu'il y a de bassesse dans la condition de parasite, la prétention de faire l'éducation du genre humain arriéré et de le guérir de ses infirmités, Timportunité et le charlatanisme, une grossièreté populacière, enfin, remplacer le gros sel de l'esprit humoristique dans l'assai-
* Saint Augustin» Civ. Dei, XIV, 20 : Et nunc videmus adhuc esse pbilosophos Cynicos : hi enim sunt, qui non solum amiciuntur pallio, verum etiam davam ferunt.
3 Lucien, Démonox, 10, 48.
» DUserL^ IV. il.