‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 30 sur 77 · LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQCK. 39i · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LA PHILOSOPHIE ÉTHIQCK. 39i

l'expression de Tacite, par la gloire de son nom, deie à Tinfluence qu'il avait prise sur l'éducation de la jeunesse, en l'initiant aux principes de la philosophie \ Naturellement, un nombre considérable de disciples, appartenant aux classes supérieures', avait pu seul exciter l'attention et les soupçons du gouvernement de Néron déjà.

La grande majorité des philosophes enseignant comme professeurs, à Rome et dans les autres villes de l'Occident, notamment à Marseille (Massilia), un des sièges principaux de cet enseignement déj^ du temps de Strabon % étaient, il est vrai, des Grecs % et ce qui montre que l'on considérait la philosophie • comme une science grecque, c'est qu'une grande partie des philosophes non grecs, tels que Gomutus, Musonius Rufus, Favorin, Marc-Âurèle, écrivirent en grec. Il est facile de constater les progrès que la philosophie avait faits à Rome, en s'y naturalisant dès le dernier siècle avant Jésus-Ghrist^ non- Seulement par le grand nombre de partisans, d'admirateurs et de protecteurs qu'elle y trouva, dans le monde instruit, et par la formation d'une littérature philosophique latine, mais surtout aussi par celle de Técole des philosophes romains dits Sextiens ^. Celle-ci n'était, il est vrai, qu'une forme du stoïcisme, tel qu'il se dessinait dans la conscience romaine, notamment en ce sens qu'il se bornait strictement à l'éthique, au mélange près d'un certain ascétisme, em-

' Tacite, Annales, XV, 71.

' Pline le Jeune, Lettres^ UI, il, 5.

» IV, 1,6, p. 181.

4 Zeller. III, 1,491. Le philosophe romain Italicus, mentionné par Ëpietète {JOiss., fil, 8, 7), ne semble guère avoir été connu d'autres auteurs.

^ Zeller, III, 1, 599, etc.

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pruDté à l'école de Pythagore, et qui se manifeste dans la répudiation de la viande comme nourriture. Gomme^ dans le fond, cette doctrine se rencontrait avec le stoïcisme et le cynisme, la condition fondamentale d'une existence indépendante lui faisait défaut; elle ne tarda donc pas à se dissoudre, et les Seitiens rentrèrent^ comme Sénèque, dans la grande communauté stoïcienne, de laquelle ils étaient sortis. Tant qu'elle exista, cependant, cette école eut des représentants considérables et exerça beaucoup d'influence. Elle comptait parmi les siens, outre son fondateur Q. Sextius, homme de bonne famille, qui avait dédaigné Toffre de Jules César de l'élever au rang sénatorial et de le pousser dans la carrière des emplois, pour s'adonner entièrement à la philosophie, et le propre fils du précédent, puis le fécond écrivain Cornélius Celse, le savant grammairien L. Crassitius de Tarente, qui renonça à ses nombreuses leçons pour se vouer tout entier à cette secte, et Papirius Fabien, que Sénèque, dans sa jeunesse, avait entendu et tenait en haute estime. Aussi Tappelle-t-il un véritable philosophe à la manière des anciens, tout différent des philosophes de la chaire du temps présent, et fait-il en même temps Téloge de ses leçons publiques. On se sentait édifié par ses exhortations ; on se piquait d'émulation pour l'imiter, sans perdre néanmoins l'espoir de le surpasser, et, bien qu'en général ses auditeurs observassent modestement le silence, l'élévation de ses sentiments causait parfois, parmi eux, un transport d'applaudissements enthousiastes S Des divers systèmes de philosophie morale des Grecs, le

stoïcisme était, sans contredit, celui qui s'adaptait le mieux

« Sénèque, Lettres^ lOO, 12, 52, 11.

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au caractère national des Romains, et aussi celui qui compta, de tout temps, le plus d'adhérents parmi les Romains aspirant, d'une manière sérieuse, au perfectionnement moral. Dans la longue série des personnalités éminentes de l'histoire romaine que nous connaissons CQmme stoïciens, nous apercevons les plus nobles figures des siècles de ce temps-là, et plus d*un de ces hommes dont la \ie et la mort témoignèrent de la profondeur et de la sincérité des convictions qu'ils avaient puisées dans cette philosophie. Les œuvres philosophiques des auteurs romains de cette période, parvenues jusqu'à nous, appartiennent aussi, presque exclusivement, à cette école. Il y a lieu de supposer, même à défaut de témoignages positifs des progrès de l'épicurisme dans le monde romain, sous Tempire, qu'il a dû, en tout temps, y compter le plus grand nombre de partisans, après le stoïcisme ^ Il était dans la nature des doctrines de l'école môme, qui aimait à se dérober aux regards, que les épicuriens se missent peu en avant, dans la vie publique surtout. Ils éprouvaient d'autant moins le besoin de faire valoir leur système, dans la littérature, que des écrits antérieurs y avaient déjà suffisamment pourvu. Les autres écoles philosophiques étaient, sans nul doute, moins répandues chez les Romains, mais probablement aucune d'elles n'y manquait de représentants, et il était tout naturel, avec la direction éclectique du génie romain, que chacune excitât l'intérêt et exerçât une certaine attraction, même en dehors du cercle de ses propres adhérents. Les cours que fit à Rome, encore sous le règne de Domitien, le platonicien Plutarque, étaient suivis par les hommes les plus consi-

« Zeller, III, 1, 848,3, 353.

dérablfes de la capitale \ dont plusieurs formèrent des relations durables avec ce philosophe vénéré : ainsi Sossius Sénécion, consul dans les années 98, 99 et 102, celui auquel Plutarque dédia ses Biographies des hommes célèbres '*; Fundanus, disciple de Musonius •, probablement le même que Minucius Fundanus, consul en 1 07 ; Térence Priscus, sans doute celui qui figure aussi parmi les protecteurs de Martial *, et d'autres encore tels que Paccius •, Saturnin • et Sylla '. Aûlu-Gelle, qui suivît, à Athènes, très-assidûment les cours du célèbre platonicien Galvisius Taurus, faisait partie d'un cercle nombreux de Romains étudiant dans cette ville, où ils suivaient tous les mêmes cours ^. Il sera question plus loin de la position qu'avait à Rome le cynique Démétrius, depuis le temps de Néron jusqu'à Vespasien. Le cynique Théagène *, qui, d'après Galien, mourut des suites d'un traitement à contre-sens du médecin Attale, élève de Soranus, a &ne de la secte de Thessalus » , était une personnalité bien connue à Rome, oii on pouvait l'entendre, tous les jours, disputer aux thermes de Trajan. Quand Attale vint, en compagnie d'un grand nombre d'amis du patient, à la maison de celui' ci, pour les rendre témoins de sa convalescence, il y trouva des cyniques et d'autres philosophes, occupés pré-

* Platarqae, De curios., 15.

' Le mèmey 0^. conv,, I, 1. .

^ Le même, De ira cohib.j 2 ; de trang. on., i . 4 Le même. De def, orae, & Le même, De tranq. ankni, « Le même, Adv. Colotfin,

^ Le même. De cohibenda ira; de foc. in orbe Lunx, » Aulu-GeUe, I, 2, 1 ; XVm, 2, 2.

'' Peut-être identique avec le Théagène de Lucien {Peregrinus, s, etc.). ^ Galien, éd. K., X, p. 909, etc.

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