LIVRE XII. — LA PHJLOSOPHIE ÉTHIQUE
sance sur Vkme d'un stoïcien pour troubler seulement la sérénité de son visage. Aussi Hérode fit-il, pour lui rabattre le caquet, donner lecture d'un passage d'Épictète, dans lequel ce vénérable vieillard tance hautement et justement les jeunes gens qui se disent stoïciens, mais qui, sans se distinguer d'aucune manière par leur mérite et leur valeur morale, ont continuellement à la bouche de puériles sentences, des lieux conimuns, ainsi que les préceptes des livres élémentaires de l'école, et abusent ainsi du nom d'une doctrine sublime, à force de jeter de la poudre aux yeux de leurs auditeurs et de prodiguer ces effluves de vaines paroles et de subtilités ^
La philosophie naturelle ou physique se trouvait dans une connexité trop étroite avec l'éthique pour ne pas devoir être, jusqu'à un certain point du moins, prise en considération conjointement avec celle-ci. La question de la providence déjà ne pouvait, véritablement, trouver sa solution qu'avec celle de l'origine des choses et de l'ordre cosmique *. Mais, plus l'attention se concentra d'une manière particulière et exclusive sur la tâche morale de la philosophie, moins on en eut pour l'autre branche de celle-ci, et l'opinion de Socrate, suivant lequel la recherche et l'examen des derniers éléments et des premiers principes de toutes choses étaient au-dessus de nos moyens et partant sans valeur pratique^ devait être, se« Ion toute probabilité, très^répandue ; aussi y avait-il, pour la défendre, une aussi haute autorité que celle d'Épictète'. Sénèque aussi^ qui avait cependant, personnellement, du goût et de l'intérêt pour la spéculation sur le ào^
> Aulu-GeUe, I, 2.
3 Quintilien, XH, 2, '20.
» ZeUer, 111, 1 , 664, etc.
maine des sciences naturelles, n'est disposé à y attacher de rimportance qu'autant qu'elle peut contribuer au perfectionnement moral.
L'esprit a besoin de la contemplation de la nature pour se récréer, et c'est elle qui le met à même de s'élever à la hauteur du sublime, dans les objets dont elle s'occupe. Par la contemplation de l'univers et de son auteur, on se dégage du fardeau de la matière, on apprend à connaître son origine et sa destination supérieures, à faire peu d% cas du corps et des choses corporelles, ainsi qu'à s'en affranchir *. Mais on y. court, il est vrai, aussi le danger que l'esprit ne s'habitue à faire ce qui lui plaît plutôt que ce qui est nécessaire pour sa santé, et à chercher, dans la philosophie, un simple divertissement, tandis qu'elle est un moyen de guérison*.
Plutarque aussi, dans un passage cité, donne à entendre que c'était précisément la philosophie naturelle, parlant si vivement à l'imagination, qui séduisait le plus d'amateurs peu disposés à prendre au sérieux l'instruction philosophique. Properce' comptait se tourner vers celle-ci quand il serait obligé, par Tâge, de renoncer à l'amour, puis s'appliquer à la connaissance des lois de la nature, se renseigner sur les causes des phases lunaires, des variations atmosphériques, de la pluie, del'arc-en-ciel, des tremblements de terre, des éclipses de soleil, des phénomènes du monde sidéral et de la mer, rechercher, enfin, quel dieu gouverne avec tant d'art Tédifice cosmique, si le monde doit s'attendre, à périr un jour, ce qui en est de Tenfer et de ses châtiments, ou si l'existence finit avec la mort.
^ ZeUer, ni, 1, 622, etc.
' Sénèque, Lettres, 117» 20.
» IV (IH), 5, 23 à 46.