‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 40 sur 77 · LIVRE XIU — LA. PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XIU — LA. PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

femme d'Auguste, Julie, avec laquelle elle avait été fortement liée d'amitié, avait cherché et trouvé, après la mort de Drusus, des consolations auprès d'Ârée, « du philosophe de son mari »; il nous montre ce philosophe se qualifiant, auprès de Julie, «de compagnon inséparable de votre mari, d'homme initié, non-seulement aux choses qui sont du domaine de la publicité, mais encore à tout ce qui se passe dans le secret de vos âmes ^ j> Auguste avait fait à Arée l'honneur de lui déclarer, après la prise d'Alexandrie, qu'il épargnerait cette place , parce qu'elle était sa ville natale. Néron, au contraire, s'amusait de ses philosophes, en excitant, à table, les partisans des différentes écoles à se chamailler entre eux *•

Mais sans doute les philosophes, ceux du moins qui avaient la conscience de leur valeur, préféraient pour la plupart l'enseignement public aux plus brillantes positions, à la cour ou dans une g^nde îfanvlle. Le stoï* cien Apollonius, appelé par Antonin le Pieux à remplir les fonctions de précepteur auprès du jeune Marc- Aurèle, se décida à émigrer de Ghalcis à Rome, où un certain nombre de ses élèves le suivirent ; mais il refusa de venir demeurer au palais libérien, oïl était logé Marc- Aurèle : c'est, disait>-il, à l'élève de venir chez le maître, et l'héritier du trône impérial se rendit effectivement à ce désir. L'ouverture d'une école publique n'offrait pas seulement la perspective d'une existence plus-digne, d'une sphère d'activité plus importante, dans certains cas même grandiose, qui promettait, comme on Ta déjà dit, dans des ^ centres tels qu'Athènes et Rome, d'attirer la fleur de la jeunesse des provinces les plus diverses et de procurer, par

' j4d Marciam, 4.

' Tacite, i4niiato«,XIV, 16.

suite, aussi de magnifiques revenus ^ Car tout porte à croire que la minorité seulement partageait, à cet égard, la rigidité des principes du platonicien Nigrin, qui appelait boutiques' et magasins les écoles des philosophes enseignant pour de l'argent et débitant la vertu comme une marchandise '. Même à part cela, la conduite des philosophes qui enseignaient publiquement, leurs cours et leur méthode d'enseignement surtout, donnaient prise à mainte critique. Ce blâme, les auteurs d'écrits philosophiques du temps l'expriment si largement, avec tant d'insistance et si souvent, que l'on pourrait être tenté de se faire une idée par trop défavorable des écoles de philosophes de l'époque, si l'on perdait de vue que des hommes tels que Musonius, Plutarque, Épictète et Taurus étaient fondés en effet, d'après les grands services qu'ils rendaient eux-mêmes, à se montrer constamment aussi de la plus grande exigence pour ce qu'on attendait de leurs confrères, et qu'ils durent, en ne ménageant pas les avertissements, faire observer sans cesse, tant aux maîtres qu'aux élèves, pour les rapprocher du but véritable de la philosophie, combien les uns et les autres étaient encore éloignés de ce but. Ainsi la critique des faiblesses, des petitesses et des défauts qui faisaient tache dans l'enseignement philosophique, revient continuellement dans leurs écrits ; et les inconvénients, dans ce dernier, n'étaient aussi vivement ressentis que par suite de la comparaison avec les exemples, assez nombreux en effet, d'une activité remarquable et de tendances vraiment nobles et grandioses, à cette même époque.

> Artémidore, Onirocr,, \, 83. — V6ir aussi la Vie d'Anlonin le Pieux, ch. X.

' Lucien, Nigrin.^, 25.

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