‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 41 sur 77 · LIVRE XII.— LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE XII.— LA PHILOSOPHIE ÉTHIQUE

Sans doute, bien des choses ne faisaient que tourner au préjudice des effets de l'enseignement philosophique, et cela tant par la faute des maîtres que par celle des élèves. La vanité et la soif de renommée, probablement aussi Tamour du gain, entraînaient souvent les premiers à faire plus de cas des applaudissements que de l'intérêt véritable de leurs auditeurs, et parmi ceux-ci un assez grand nombre préféraient un passe-temps agréable, exerçant la sagacité, ou une érudition secondant le désir de briller, aux études sérieuses et aux pénibles et douloureux efforts que demande l'embellissement de l'&me par la culture morale. Aussi, bien des personnes qui avaient suivi des cours de philosophie pendant des années, avec une assiduité constante, n'en rapportaient-elles pas même une teinte d'édu* cation philosophique, dans le vrai sens du mot. Bien des gens, dit Sénèque S ne venaient au cours que pour entendre le professeur, non pour apprendre, mais pour s'amuser, comme on va au théfttre : pour une grande partie des auditeurs l'école n'est qu'un lieu d'amusement. Leur but n'est pas de se défaire du vice, de se faire pour la vie un nouveau plan de conduite, mais de régaler leurs oreilles. D'autres arrivent munis de tablettes, non pour y noter la substance de la leçon, mais pour aligner des mots dont ils ne savent guère plus faire un emploi utile à autrui qu'ils ne les écoutent avec profit pour eux-mêmes. Sur certains auditeurs, les passages accentués, dans les leçons, font une impression qui se reflète dans le jeu de leurs physionomies ; mais c'est là une de ces impressions qui ne restent pas; elle passe, comme l'excitation nerveuse produite par certains morceaux de musique; un petit nom-

* Lettres^ 108, 6 à s.

bre seulement retiennent la substance de leurs noies. La majorité des élèves n'étaient point, d'après cela, dans la disposition d'esprit regardée parMusonius comme absolument nécessaire pour que renseignement porte de bons fruits '. L'auditeur, qui n'est pas encore tout à fait un homme perdu, disait-il, doit frissonner pendant le discours du philosophe, ainsi qu'éprouver tour à tour^ dans son âme, de la honte, du repentir, de la joie, de l'admiration ; et l'expression de son visage doit changer, selon que le traite* ment du phUosophe, touchant tantôt les parties malades, tantôt les parties saines de cette âme, affecté diversement sa personne et sa conscience. Effectivement Épictète, qui avait entendu Musonius, atteste que celui-ci avait la parole si incisive et savait si bien définir l'aspect de toutes les infirmités morales, que chacun de ses auditeurs, s'appliquant le discours du maître, se croyait personnellement désigné par lui ^ Mais c'est là précisément, suivant Plutarque, qui se plaint aussi des mauvaises habitudes signalées, ce que trouvaient de trop la plupart de ceux qui venaient écouter le discours d'un philosophe dans la même disposition que le débit d'un tragédien ou d'un rhéteur. Tant que le professeur se tenait dans les généralités, ils le suivaient volontiers, mais quand il passait aux exhortations franches et pressantes, ils les prenaient en mal comme une indiscrétion, et il y en avait beaucoup d'assez susceptibles pour ne plus vouloir retourner à l'école après un de ces discours blessants, comme le malade qui, après une incision pratiquée par le chirurgien, se sauverait sans attendre l'apposition du bandage sur la blessure'. Il y avait aussi des corn-

> Aulu-Gdle, V, 1, 3.

> Épictète, Diss., Hl, 23, 29.

3 Plutarque, Dé audiendo, 9, t2, 16.

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