LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aMK
Plutarque, qui méprisait comme des contes de nourrice les idées que Ton se faisait, dans le peuple, des souffrances des &mes après la mort, en a fait lui-même une peinture digne de Breughel \ Sa description de l'autre monde se fondait, à rin«?tar d'un précédent fourni par Platon, sur la déposition d'un mort rappelé à la vie, au temps de Vespasien, d'un certain Thespesiu^ de Soles en Gilicie, dont rame est censée avoir gardé le souvenir des impressions reçues durant sa séparation du corps. Les peines encourues sont de trois degrés. Les plus douces sont celles des malfaiteurs qui ont déjà subi une expiation sur la tiBrre. Mais quiconque sort d'ici-bas sans avoir été puni, ni purifié, est tourmenté jusqu'à l'extirpation de toute passion de son àme, à force de douleurs et de tortures qui surpassent les souffrances de la chair en violence et en véhémence, autant que la réalité surpasse le rêve en netteté. Les passioms laissent comme trace des cicatrices et des meurtrissures qui persistent plus ou moins longtemps, selon la personne des châtiés; aussi les âmes portent-elles diverses couleurs : ainsi la couleur rouge de sang trahit la cruauté ; la teinte bleuâtre, des âmes dont on a extirpé Tes penchants voluptueux, etc. La couleur indique aussi le terme de la purification et de la punition : quand les âmes sont purifiées et décolorées, elles prennent toutes une teinte uniforme et brillent .du même éclat. Dans le lieu où sont infligés les châtiments les plus graves, les échos d'alentour retentissent des hurlements de dou-* leur des ftmes , qui y souffrent les plus horribles tortures. Le narrateur voit Tftme de son père, couverte de marques et de cicatrices, sortir d'un gouffre et étendre les mains
' Ploiarque, Ùeser. num, t;tfiif*,c. xlii.
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vers son fils, pendant que les bourreaux, chargés de le torturer, l'entraînent pour lui faire subir de nouveaux châtiments, en expiation d'un empoisonnement dont il s'était rendu coupable, mais qui n'avait pas été découvert de son vivant. Il voit des âmes, entrelacées comme un nœud de serpents, se dévorer entre elles. De plus, il y a là trois lacs, un d'or en fusion , un autre de plomb refroidi et un troisième de fer brut. Des démons, ressemblant à des forgerons^ y plongent, à l'aide d'instruments, les ftmes des pécheurs par avarice et cupidité, et les en retirent de même. Après avoir été chauffées au rouge jusqu'à la transparence dans le lac d'or, elles prennent la rigidité et la dureté de grêlons dans le lac de plomb, puis noircissent et sèchent dans le lac de fer, de manière à revêtir, après avoir été bien concassées et écrasées, des formes nouvelles, pour 6tre finalement trempées encore une fois dans le lac d'or. Pendant toutes ces métamorphoses, elles sont condamnées à souffrir toute sorte de tourments sans nom. Souvent aussi, telles qui se croyaient déjà libérées du châtiment sont emmenées, pour être soumises à de nouvelles tortures, sur la plainte des âmes de leurs descendants, qui leur reprochent d'avoir eu à souffrir eux-mêmes, dans la vie, en expiation des crimes de leurs ascendants. Â la fin, il voit également les âmes de ceux qui, enfermés dans les corps d'animaux,* desquels ils doivent renaître, subissent de la main des agents de torture du lieu, munis d'instruments à cet effet, une transformation violente. Parmi celles-ci se trouve aussi l'ftme de Néron , dont un des supplices consiste à être percé d'une multitude de clous chauffés au rougé. Son âme «avait été, d'abord, condamnée à vivre dans un corps de vipère, mais, sur le commandement d'une