LIVRE XU. — IMMORTALITÉ DE l'aME
enfouir, avec leurs restes mortels, des ustensiles, des vêtements et des bijoux, dans l'idée qu'elles pourraient en avoir besoin, ou en tirer utilement parti, dans la vie de l'autre mondé*.
Effectivement, une grande partie des objets de la vie domestique conservés dans nos musées, proviennent des tombeaux dans lesquels on joignait, à la dépouille mortelle du guerrier, ses armes , à celles de Tartisan et de Tartiste, leurs outils, comme à celle de la femme ses objets de toilette, et à celle de l'enfant ses jou^ts *• Dans Lucien, un veuf raconte qu'il a témoigné de son amour pour sa femme défunte, non-seulement du vivant, mais également à la mort de celle-<:i, en faisant brûler avec son corps toutes ses parures et toute sa garde-robe ; qu'elle lui apparut néanmoins le septième jour, pendant qu'il lisait le Phédon de Platon, pour se plaindre de l'oubli d'mie de ses sandales dorées, et qu'elle désigna la place où on la trouverait, sous une armoire. On l'y trouva, en effet, et l'on se h&ta de la brûler subsidiairement, selon le vœu de la défunte*. Les objets à joindre au corps du défunt étaient, on n'en saurait douter, souvent spécifiés dans les dispositions testamentaires. Le testament d'un Romain, qui avait ses propriétés aux environs de la ville actuelle de Langres, des premiers, temps de l'empire, ordonne de brûler avec son corps tous ses ustensiles de chasse et d'oisellerie : ses lances, dagues, couteaux, filets, lacets, cabanons d'oiseaux (?), provisions de glu, tentes de chasse, etc., ainsi que ses litières et chaises à porteurs, une barque faite de joncs tressés, tout ce qui resterait
' Lucien, De luctu, 14.
* Marquardt, Manuel, V, 1, 367, etc.
^ Lucien, PhUops,, 27.
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d'habillements, en tissus brodés et brochés de diverses couleurs, dans sa garde-robe, enfin toutes les chaises ^?) de cornes d'élan ^ Le même testament ordonne en outre la plantation, auprès du tombeau, de vergers dont Tentretien devait être confié aux soins permanents de trois jardiniers et de leurs apprentis. On aimait particulièrement à établir des jardins, des vignobles et des parcs dans le voisinage des tombes, <i afin de procurer aux Ames des décédés la facilité de mieux jouir de la l^elle nature *. » H y a lieu de croire que maintes de ces dispositions testamentaires parvenues jusqu'à nous, relatives à Tornement et au culte des tombeaux, ont été faites dans une pensée attribuant encore aux défunts de l'intérêt pour les plaisirs et les jouissances de ce monde, très-souvent, certes, sous Tempire de la croyance à une vie matérielle persistante . chez les défunts, notamment près de leurs tombes.
Sous l'empire d'idées aussi sensuelles, la manière dont on concevait les récompenses et les ch&timents de l'autre monde ne pouvait, naturellement, manquer de présenter le même caractère de sensualité, tant dans les images, parlant aux yeux, de là sculpture et de la peinture que dans les tableaux des poètes, de Virgile surtout, dont la description de l'enfer a certainement exercé^ sur les idées du monde romain postérieur, une bien plus grande influence que plus tard celle de Dante, au moyen âge. Naturellement aussi les images de Tautre vie prenaient, dans l'imagination des hommes, selon l'individualité, le sentiment et l'instruction d'un chacun, un caractère plus ou moins délicat ou grossier^ noble ou commun, sublime ou abject.
* Kiesslingf Ànecdota BasUemiUit I (1S63).
' Serrius, ad Virg, jSntj V, 760; voir aussi Marquardt, Mantteli n. !I363.