LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'âME. 48S
et, dans la semaine précédente (du 13 au 20), celle des Parentales, dont Tinobservance avait eu, d'après la légende, une fois pour conséquence une grande mortalité ; enfin, les pratiques par lesquelles on s'appliquait à apaiser et à réconcilier les spectres en émoi, dans les trois nuits des Lémuries, le 9, le 11 et le 13 mai\
Non-seulement Tintimité de la corrélation mutuelle entre la croyance à l'immortalité de rânoie et la croyance aux esprits, mais aussi la tendance de la seconde à fortifier et affermir la première se comprend sans qu'il y ait besoin d'aucune explication, tout aussi bien que la conviction portée par des apparitions dans l'âme des sceptiques et la bonne volonté de croire de ceux-ci, quand ils étaient prêts à se laisser ainsi convaincre. Un monument érigé, après une vision, par un certain T. Claude Panopte et sa femme Gharmosyne, à leurs deux filles défuntes porte cette inscription : ce Vous qui lisez ces lignes et doutez encore qu'il existe des m&nes, portez-nous un défi, sous la foi d'un en'gagement pris, c'est-à-dire obligeant à payer celui qui aura été convaincu d'erreur, et vous arriverez à reconnaître ce qui en est^ jo Même dans les cercles du monde instruit, la croyance aux esprits était souvent unie à eelle de l'immortalité de l'&me. Il est vrai que, dans ce monde, non-seulement tous ceux qui étaient jmbus d'opinions épicuriennes et matérialistes, ou y inclinaient, se moquaient des perambulations nocturnes des lémures, aussi bien que des songes, des miracles, des sorcières et de la magie, et prétendaient qu'il n'y avait que des femmes, des enfants et des malades en délire qui eussent jamais
* Preller, Mythologie romaine^ 466, 483, 499.
* Henzen, 7346.
VU des spectres'; mais une grande partie aussi de ceux qui avaient la foi de Timmortalité se tenaient dans la réserve du doute à l'égard des apparitions d'esprits, ou<refusaient d'y croire, comme par exemple Sénèque.
Cependant, il n'est nullement certain, depuis le deuxième siècle surtout, qu^» ces divers sceptiques fussent en majorité, même dans les cercles familiarisés avec les doctrines philosophiques. La société d'Ëucrate, que Lucien met en scène dans VAmi du mensonge^ et dans laquelle personne ne doute qu'il n'y ait des démons et des spectres, ni que les âmes des morts n'errent sur la terre et n'apparaissent à quiconque il leur prend fantaisie d'apparaître, se compose, à part un médecin, d'un péripatéticien, d'un stoïcien, d'un platonicien et d'un pythagoricien ayant une auréole de sainteté, sans compter qu'Ëucrate lui-même est un homme qui a travaillé la philosophie à fond ^ Les plus fermes à maintenir la croyance aux esprits étaient les néopythagoriciens et les platoniciens pythagorisant, qui trouvaient dans les apparitions une garantie de vérité, non-seulement pour la croyance à l'immortalité de l'âme, mais aussi pour leur démonologie. Le rhéteur philosophant Maxime de Tyr, placé entièrement au point de vue d'un platonisme inclir nant déjà au néoplatonisme, et tous ses confrères ayant les mêmes principes, regardent les démons, comprenant aussi les âmes décédées, comme le lien véritable entre le monde des sens et le monde surnaturel.
Les âmes devenues démons, dit-il, sont, tout en con*
^ Horace» Épitrés, II, 2, 208. — Plutarque, DUm, 2, 2. ' Lucien, Philops,^ 5, 6, 29. — Au sujet du péripatéticien Antisthèney auquel se réfère Pblégon (Mirab., 3), voyez ZeUer, II, 2, 59. 3 ZeUer, III, 2, 182, etc.