‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins (volume 3)Chapitre 62 sur 77 · LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — IMMORTALITÉ DE l'aME

servant un triste souvenir de leur vie passée, bienheureuses de leur vie présente. Il en résulte qu'elles s'afiDigent aussi du sort des âmes sœurs, restées sur la terre, et sont portées, par leurs sentiments philanthropiques, au désir de tenir compagnie à ces dernières, et de les relever quand elles glissent. Les ftmes-déroons tiennent même de la divinité la mission de visiter la terre, et de s^intéresser à toutes les naissances d'enfants, à toutes les destinées humaines, à toutes les pensées des hommes et à toutes leurs actions, ainsi que de venir en aide aux bons, de porter secours à ceux qui souffrent d'injustice, et d'in^ fliger la punition à ceux qui fontmaP. Il raconte, sans en douter le moins du monde, que les habitants d'Ilion voient souvent Hector, revèiu de ses armes étinoelantes, traverser par bonds la campagne, et qu'Achille était souvent apparu aux navigateurs sur la petite lie située devant les bouches du Danube, dans la mer Noire, où, héros transfiguré, il avait son sanctuaire : quelquesuns l'y avaient vu courir, sous les traits juvéniles d'un adolescent à cheveux blonds, revêtu d'une armure d'or, d'autres entendu chanter un hymne de combat, d'autres encore l'avaient à la fois vu et entendu. Achille avait même réveillé, conduit dans sa tente et régalé en personne un de ces visionnaires, qui s'était endormi dans l'tle ; au festin, Patrocle versait à boire, Achille jouait de la cithare, et Thétis elle-même ^tait présente, avec un chœur de démons*. Apulée, pour lequel la démonologie était, comme on l'a déjà fait remarquer, un thème favori, lance, dans l'apologie où il se défend de l'imputation de magie,

* Maxime de Tyr, XV, 6. — Lehrs, Écriis popui., 148. > Maxime de Tyr, XV, 7.

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contre celui qui Tarait faussement accusé de se servir, pour des fins magiques, d'une figure de squelette, l'imprécation suivante : «c Que^ pour ce mensonge, le dieu qui va et vient entre ce monde et l'enfer (Mercure) te fasse encourir la disgrâce des deux cercles de dieux, et rencontrer, partout où tomberont tes regards, des figures de morts et tout ce qu*il y a au monde d'ombres, de lémures, de mânes et de larves; que les apparitions nocturnes, les spectres des tombeaux et les terreurs des lieux où des cadavres ont été brûlés, fondent sur toi ^ I » Plutarque, dans la dédicace de ses biographies de Dion et de Brutus à Sossius Sénécion, invoque, contre le scepticisme de ceux qui nient les apparitions d'esprite, l'autorité de ceux qui prédirent à ces deux hommes, si philosophes et doués d'une si grande force d'âme, leur mort, du propre aveu de ces derniers. Il rapporte aussi, d'après les assurances d'autrui, et sans paraître en douter aucunement, qu'il y avait eu et que l'on signalait encore des apparitions de spectres dans ud établissement de bains, à Chéronée^ où un meurtre avait été commis du temps de Lucullus^ La croyance aux esprits et aux démons était cependant aussi parfaitement conciliable avec des vues philosophiques autres que celles du platonisme. Le cynique Pérégrinus Protée qui, suivant le rapport de Lucien, s'était jeté dans les flammes en criant : a Génies maternels et paternels, recevez-moi en grâce I » avait répandu qu'il était destiné à fonctionner, après sa mort, comme démon gardien de la nuit, et il ne paraissait pas douteux qu'il se trouverait assez de simples pour oser

* Apulée, Apotégie, p. 504.

' Plutarque^ Dion^ ch. ii ; Cimon, cli. i.

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