LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
norme approvisionnement qui en existait, dans les villes de la Grèce et de l'Asie, n'avait été que partiellement épuisé, même par le pillage,- systématiquement continué pendant deux siècles, de leurs dominateurs romains, qui avaient été jusqu'à en dégarnir les marchés des plus petites localités, comftie Andros et Mycone, pour remplir les places [fora) et les temples de Rome. Le dernier grand pillage de l'espèce eut lieu par ordre de Néron, dont le commissaire, un affranchi nommé Acratus, parcourut dans ce but presque tous les pays du monde, n'oubliant pas un village *. L'île de Rhodes seule fut, à ce que l'on prétend, épargnée par lui, comme elle l'avait été par tous ses prédécesseurs, dans le pillage des objets d'art ; il s'y trouvait, sous Vespasien, trois mille statues, nombre constaté probablement par des relevés officiels *, dans lesquels on l'aura pris; mais Athènes, Olympie et Delphes n'en possédaient pas moins 3 , d'après les évaluations sommaires du temps, suivant lesquelles un ensemble de vingt à trente mille statues, pour la Grèce et les îles qui en dépendent, paraîtrait avoir été, à cette époque, plutôt au-dessous qu'au-dessus de la réalité. Or, bien qu'une grande partie de ces statues ornassent les édifices publics , les temples surtout, à titre de dons votifs*, cette richesse était telle qu'il en restait assez pour peupler également les rues et les places de statues anciennes et modernes, d'airain ou de marbre, des divinités et des héros, ainsi que des hommes et des femmes les plus distingués par, leur mérite et les plus honorés. Nous spécifierons bientôt comment, pendant les premiers
1 Dion, Or.\ 31 ; p. 355, etc., M. #
* Ibid., p. 325 M.
3 Pline, Hist. nat. 9 XXXIV, 36.
* Dion, Or. t p. 337, etc., M.
siècles de notre ère, les lacunes ne furent pas seulement comblées, mais le stock s'accrut encore.
Il est vrai que ni les villes d'itajie, à l'exception de Rome, ni celles des provinces occidentales, n'avaient à offrir, au commencement de la période impériale, en fait de statuaire, une richesse d'ornements comparable à celle qui s'était amassée dans les villes grecques, depuis la période alexandrine. Cependant, même les villes d'Italie n'étaient plus, dans les derniers temps de la république, entièrement dépourvues de ces ornements. Vitruve ! dit que les monuments de Ferentinum, en Étrurie, témoignent de l'excellente qualité de la pierre tirée des carrières des environs de Tarquinies et du lac de Bolséna , vu que l'on trouvait, dans la ville précitée, de grandes, statues d'un travail parfait, de petites figures, de bas-relief probablement, et des ornements de fleurs et d'acanthe des plus gracieux, faits de cette pierre et paraissant, quoique réellement anciens déjà, aussi neufs que s'ils eussent à peine quitté l'atelier. Parmi les statues nouvellement posées dans beaucoup de villes d'Italie, figuraient probablement celles des rois et des généraux victorieux de Rome, conformément au choix qui avait présidé à l'ordonnance des statues qu'Auguste avait fait ériger, en l'air de Rome 732, sur son Forum, dans les portiques du temple de Mars. A Arezzo, on a trouvé. sept socles de pareilles statues, qui représentaient M. Valerius Maximus, Appius Claudius Caecus, Q. Fabius Maximus, Paul-Émile, Tiberius Sempronius Gracchus, C. Marius et L. LiciniusLucullus; à Pompéji, deux socles des statues d'Énée et de Romulus; à Laviniuni, un qui portait celle d'Énée Silvius, fils du père Énée et