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LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L EMPIRE ROMAIN

à-dire destinées à perpétuer le souvenir des hommes et des événements, et qui jamais , à aucune époque antérieure ou postérieure, ne prit un développement aussi colossal que dans les deux premiers siècles de notre ère , où il atteignit des proportions gigantesques, dans lesquelles il continua à se maintenir jusqu'au troisième siècle, et même jusqu'au quatrième.

Gomme en toutes choses, l'art était également ici, pour les Romains, non le but, mais un moyen. L'employer pour travailler à l'embellissement des villes et des maisons qu'ils habitaient, pour en accroître la splendeur et pour y répandre le confort, c'est ce qu'ils n'apprirent que par la conquête des pays helléniques ; tandis qu'une tendance toute nationale, toute romaine, chez eux, apparente déjà dans l'ancienne coutume des familles nobles de conserver les masques en cire peinte de leurs ancêtres, c'était de l'employer comme un moyen de fixer le souvenir de leurs faits et gestes, pour les contemporains et la postérité, ainsi que d'immortaliser la figure et les traits de personnes honorées et chéries. La coutume d'ériger publiquement des statues honorifiques était très-ancienne aussi, à Rome ; elle y remontait pour le moins jusqu'au temps des décemvirs (an de Rome 450, soit 304 avant Jésus-Christ); la plus ancienne statue de l'espèce, dont l'existence ait pu être constatée avec certitude, était celle de leur interprète grec, au Forum. Cette statue, comme toutes celles que nous connaissons des deux siècles suivants, était de bronze , matière que l'on avait commencé à employer depuis Tan de Rome 485 (269 avant Jésus-Christ), pour faire les statues des dieux. La première que l'on fît en bronze doré fut la statue équestre du vainqueur d'Antiochus, Acilius Glabrion, élevée par le fils de celui-ci, au temple de la Piété, en l'an de

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Rome 573(181 avant Jésus-Christ 1 ). C'est vers le commencement du troisième siècle, ou Fan 300 avant Jésus- Christ, correspondant à peu près au milieu du cinquième siècle, en comptant à partir de la fondation de Rome, que les rois et les hommes célèbres du premier âge de la république paraissent avoir obtenu leurs premières statues*. Après la seconde guerre Punique, le Capitole et le Forum en regorgeaient déjà. En Tan de Rome 375 (179 avant Jésus-Christ), une partie de celles du Capitole furent éloignées, et en Tan de Rome 596 (158 avant Jésus-Christ), les censeurs firent enlever du Forum toutes les statues de fonctionnaires non décrétées par un plébiscite ou par un sénatus-con suite. Caton déjà aimait mieux que les gens demandassent pourquoi il n'avait pas xle" statue, que de les entendre demander pourquoi on lui en élevait; une de ses complaintes portait sur ce que, dans les provinces, on commençait déjà à en poser même aux femmes; or cet exemple ne tarda pas à être également suivi à Rome : la . statue contemporaine de Cornélie , mère des Gracques, y était encore debout au temps de Pline l'Ancien 3 .

L'usage de parler aux yeux du peuple des hauts-faits et des grands événements de son histoire, par le moyen d'images, prit aussi de bonne heure. M. Valérius Maximus Messala fut le premier qui exposa, à un mur de la curie Hostilia, un tableau de bataille, représentant la victoire qu'il avait remportée, en Sicile, contre les Carthaginois et

1 Tite-Live, XL, 34. — Il y a donc erreur dans ce passage de Cicéron (PhilippiqueS) IX, 6, 13): Statua... inaurata equestris, qualis L. Sullœ primum statuta est. — Peut-être la statue dorée de Sylla ne fut-elle que la première statue dorée que Ton vît au Forum.

2 Detlefgen, da Arle Romanorum antiquissima (Glucfcstadt, 1868), P. II, p. 21 à 26.

3 ms t. nat. t XXXIV, 30, etc.

Hiéron, en Tan de Rome 490 (264 avant Jésus-Christ). On portait notamment aussi de ces tableaux, peints sur bois et sur toile, dans les marches triomphales, comme par exemple, celui de la prise de Syracuse (en 212 avant Jésus- Christ), au triomphe de M. Marcellus. Paul-Émile fit venir exprès d'Athènes le peintre Métrodore, pour l'illustration de son triomphe de l'an 168 avant notre ère. L. Hostilius Mancin, qui avait le premier forcé un des ouvrages extérieurs de Carthage, en 148, fit exposer au Forum des vues de l'aspect général, du siège et du sac de cette ville, qu'il expliquait lui-même au peuple, ce qui le rendit si populaire, qu'il obtint en 141 le consulat. Tïbérius Gracchusfit peindre, dans le temple de la Liberté, un banquet donné en 214 à son armée, par les gens deBénévent, après un combat heureux livré dans le voisinage. On y voyait surtout figurer les esclaves incorporés à l'armée, avec les signes du don qui leur avait été fait de la liberté, en récompense de la valeur dont ils avaient fait preuve *. La première image peinte d'un combat de gladiateurs fut exhibée au sixième siècle de la fondation de Rome, ou plutôt au septième, par un certain L. Térence Lucain, dans le temple de Diane, à Aricie.

Cet emploi des beaux-arts à l'illustration et à la glorification des personnes et des événements, tant pour des besoins de circonstance que pour une commémoration durable, continua sous l'empire, en affectant les plus grandes proportions. Par son principe, accusant une tendance descriptive, diamétralement opposée à celle de l'idéalisation des formes, qui domine dans la peinture grecque, ainsi que par la large empreinte du cachet positif que

* Raoul-Rochette, Peintures inédites, p. 303, etc.

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portent ses illustrations, la peinture romaine de la période qui nous occupe se rapproche extrêmement, dans son but comme dans sa manière de faire, de celle de l'Egypte et de l'Assyrie antiques, et ses œuvres offrent beaucoup de ressemblance avec les peintures des palais de Thèbes, les tables d'albâtre de ceux de Ninive et les tapis de Babylone. C'étaient les empereurs romains eux-mêmes qui parlaient au peuple, dans ces peintures contemporaines. A cette époque, où la presse n'existait pas, les images tenaient lieu de manifestes et de proclamations 1 ; de même, au moyen âge aussi, à Florence et à Rome, on usait d'images historiques et allégoriques, en s'adressant au peuple*. Chaque triomphe fournissait de l'occupation à une multitude d'artistes, chargés d'illustrer, par toute sorte d'images et de tableaux, la nature du pays vaincu, et l'histoire de la campagne terminée, pour les spectateurs de la solennité. Au triomphe de Vespasien et de Titus sur la Judée, on promena des tribunes de trois à quatre étages, tendues de tapis brodés d'or, parées d'ornements d'or et d'ivoire, et décorées d'images, où toutes les péripéties de la guerre étaient représentées. On y voyait la dévastation d'un pays riche, le massacre des troupes ennemies, la panique des fuyards et les prisonniers qu'on emmenait , des murs énormes cédant aux coups des machines de siège, l'assaut de grandes forteresses, l'escalade des murs d'enceinte de cités populeuses, l'armée se répandant dans l'intérieur de celles-ci et y remplissant tout de carnage, les habitants sans défense, implorant le pardon des vainqueurs, en tendant les mains vers le ciel; on voyait les brandons lancés sur les temples, les maisons s'écrou-

1 Burckbardt, VAge de Constantin, 310 (en allemand). ' Preller, Mythologie romaine, 208.

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