‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 118 sur 218 · LIVRE IX. —LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. —LES BEAUX-ARTS DANS i/EMPIRE ROMAIN

râbles, il ne s'agissait pas seulement d'en procurer une image pour des occasions déterminées, mais d'en conserver le souvenir pour la postérité la plus reculée. Batailles et sièges, conventions et traités de paix, triomphes, discours de la tribune, actes de bienfaisance, sacrifices, chasses et autres faits et gestes des empereurs, voilà quels étaient, avec les spectacles, les combats de gladiateurs et les tueries d'animaux surtout, ces événements que la sculpture, la peinture et la mosaïque s'appliquèrent à immortaliser en grand, dans toutes les dimensions, pendant la durée entière de l'empire. Depuis le troisième siècle de notre ère, c'étaient principalement les deux dernières de ces trois branches de l'art qui s'en chargeaient, soit par suite d'un déclin dans les moyens techniques et le savoir-faire du côté de l'art plastique, soit à cause du fait indubitable que de grandes peintures, à couleurs éclatantes, devaient mieux répondre au goût déjà corrompu et au besoin d'illusions grossières de la multitude, à cette époque 1 . Le triste état de délabrement dans lequel se trouvent déjà les bas-reliefs de l'arc de triomphe de Septime- Sévère, par exemple, est de nature à faire supposer que la série de tableaux représentant la succession, certainement très-longue, de tous les exploits de cet empereur, devait avoir été exécutée , en peinture ou en mosaïque, dans un portique distinct, construit probablement par son fils*. Quand, après la mort d'up souverain détesté, on se mettait à renverser et à détruire les statues et les monuments qu'il s'était fait ériger, les peintures du même genre n'étaient, naturellement, pas épargnées davan-

1 Burckbardt, F Age de Constantin, 309, etc. (en allem.). * Histoire Auguste, Vie de Sévère, ch. xxi.

tage. Ainsi le sénat fit brûler, après la chute de Maximin, un grand tableau posé devant la curie, sur lequel ce prince avait fait peindre une victoire remportée par lui sur les Germains 1 . Cependant beaucoup de choses échappaient, heureusement aussi dans ces cas, à la destruction, surtout dans l'intérieur des châteaux impériaux. Encore du temps de Dioctétien, on voyait, sous une colonnade en forme de croissant, dans les jardins de Commode, une mosaïque où ce prince était représenté offrant un sacrifice à Isis, avec ses amis, parmi lesquels on remarquait le futur prétendant à l'empire, Pescennius Niger*.

Les portraits que fournissait la peinture étaient, naturellement, destinés surtout pour l'intérieur des appartements, c'est-à-dire faits pour les particuliers plutôt que pour l'exposition publique. Cependant on voyait aussi parfois, à côté des statues, des tableaux honorifiques dans les temples ou autres édifices publics, des villes grecques du moins 8 . Néron se fit peindre, sur toile, dans les dimensions colossales d'une figure de 120 pieds romains de hauteur 4 . Héliogabale s'annonça à Rome en y envoyant, comme avant-coureur de sa personne, avec ordre de le placer dans la salle du sénat, au-dessus de la statue de la Victoire, un grand portrait, peint par lui-même, qui le représentait dans le costume sacerdotal de son pays, offrant un sacrifice à son dieu ■. A Rome, il se peignit aussi lui-môme, tour à tour en marchand de comestibles

1 Hérodien, VII, 2, 8.— Vie de Maximin, ch. xn. 8 Vie de Pescennius Niger, ch. vi.

3 G. I. G., 3068 B (Téos), 3085, 2775 c d. (Aphrodisias), et 3524 (Cume).

4 Pline, Hist. nat., XXXV, 51.

* Hérodien, VII, 6, 6.

Page 1