‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 134 sur 218 · LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

Il était d'usage, en outre, d'ériger des statues aux défunts, fussent-ils morts en bas âge, pour consoler et honorer les leurs, notamment le père et la mère 1 . A Brixia (Brescie), le conseil communal s'avisa une fois de décréter une statue équestre dorée à un garçon mort à l'âge de six ans, deux mois et cinq jours, pour faire plaisir au père survivant 2 : tellement ce genre de monuments, dans lesquels Cicéron déjà avait vu une preuve du défaut de mesure de son époque, étaient devenus communs avec le temps 8 . Une autre manière d'amplifier les honneurs de la statue, c'était d'en élever plusieurs à la même personne. Ce fut la manière dont, par exemple, les Athéniens récompensèrent leur riche concitoyen, également connu comme poëte épique, Jules Nicanor, qui, sous le règne d'Auguste, racheta pour eu* l'île de Salamine, que le besoin d'argent les avait obligés d'hypothéquer, sinon de vendre. Des inscriptions élogieuses le célèbrent comme un « nouvel Homère » et un « nouveau Thémistocle* ». A la même époque, un certain P. Lucilius (Jamala eut, pour ses nombreuses constructions et donations à Ostie, deux statues en bronze, dont une dorée 5 . D'après une inscription trouvée à Avenches, tout le peuple (civitas) des Helvétiens avait, ainsi que ses divers cantons en particulier (pagatim), décrété des statues à un certain C. Valérius Camillus 6 . De même à

1 Voir, par exemple, Mommsen, G. I. L., II, 3251, et Borghesi , Bull, d. Inst., 1853, p. 158.

2 Orelli, 4051.

3 Cicéron, Pfiilippiques, 9, 6, 13. — Pour des exemples de statues sur des chars à deux chevaux ipigde), voyez I. R. N., 4059 (Minturnes) ; mais aussi C I. L.,11, 1086.

4 Keil, Nouveau musée rhénan, XVIII (1863), 58 à 62. * Orelli, 3882.

6 Mommsen, Inscr. Helv., 192.

Hippone, en Numidie, chaque curie avait fait élever, à ses frais, une statue à L. Posthumius Félix Céleri», pontife de l'empereur et premier magistrat de cette ville, en reconnais- * sance d'un magnifique jeu de gladiateurs et d'autres mérites 1 . A une prétresse de Càlama en Numidie, qui avait fait preuve d'une libéralité extraordinaire envers cette ville, le conseil communal résolut d'ériger cinq statues*. A Gonstantine, la commune offrit un nombre égal de statues de Sosia Falconilla, après la mort de cette dame, à son père Q. Pompée Sosie Priscus, consul en 169, lequel pourtant n'en accepta qu'une 8 .

Très-souvent d'ailleurs, sinon généralement, les statues étaient érigées aux frais de ceux auxquels en revenait l'honneur. La formule <c satisfait de l'honneur, il a dispensé des frais», dans les inscriptions qui les accompagnent, revient si souvent que, dans une foule de cas, on n'en saurait douter, les statues n'étaient évidemment décrétées qu'après une déclaration portant queles personnes, honorées de cette façon, étaient prêtes à en faire elles-mêmes la dépense. Exceptionnellement, on se cotisait aussi pour avancer les fonds nécessaires, dont la personne honorée restitituait ensuite le montant*. A Fossombrone (Forum Sempronii), le conseil communal fit une fois porter une statue tout achevée chez une personne à laquelle on l'avait décernée par un vote secret, pour que celle-ci ne la refusât point par trop de modestie, comme elle avait déjà fait antérieurement 5 .

1 Renier, Mélanges d'épigraphes, p. 221 * Henzen, 6001.

3 Borghesi, Bull. d. Inst., 1853, p. 185

4 Orelli, 3307. — - C. I. L., II, 1971.

5 Orelli, 4039.

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