LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/eMPIRE ROMAIN
artistique; tout, au contraire, conduit à penser que ces deux villes nous font, tout au plus, connaître la moyenne de la parure d'usage. Des fouilles exécutées à Aricie, durant neul années se ulement, de 1787 à 1796, ont fourni la majeure partie de la collection considérable de sculptures du cardinal Despuig 1 , à Palma, dans l'île de Majorque, et des chefs-d'œuvre, tels que le Jupiter d'Otricoli, la Minerve de Vellétri, etc., justifient la haute opinion que l'on peut concevoir des ornements répandus dans les villes d'importance moyenne. Or, autant celles-ci étaient éclipsées par la magnificence et la richesse des grandes villes, telles que Gapoue, Bologne (Bononia), Ravenne, et de certaines autres localités, qui brillaient particulièrement sous ce rapport, comme, par exemple, Antium, autant toutes devaient-elles être éclipsées par Rome.
Nous avons quelques données numériques sur les œuvres d'art que renfermait cette capitale : elles proviennent; en partie, d'un recueil de notices statistiques, par lequel se termine une description de Rome du quatrième siècle, intitulée : Curiosum; en partie, d'un mémoire plus développé sur ces notices, auquel le rhéteur Zacharie, évêque de Mélétine, fit, en 546, des emprunts* pour son Histoire ecclésiastique. Ces données, probablement fondées sur des extraits des relevés du conservateur des statues [cura- >iU tor statuarum) à Rome 8 , sont malheureusement très-incomplètes , même pour les œuvres d'art publiquement exposées, auxquelles s'en borne l'objet. Il en résulte qu'il y avait alors, à Rome, deux colosses, dont nous ne
1 Hubner, Antiques de Madrid, 292 (en allemand).
3 Jordan, Topographie de Borne, 1, 149 à 152 (en allemand).
3 mtit. Dign., II, 1, p. 200, etc.
connaissons qu'un, des plus remarquables entre tous, à savoir le colosse de Néron, de près de cent pieds de haut, transformé en dieu du soleil ; vingt-deux statues équestres, colossales aussi, dont quelques-unes appartenaient peutêtre à des groupes ; quatre-vingts statues de dieux dorées et soixante-quatorze d'ivoire, en ne comptant pas celles de l'intérieur des temples; trente-et-un socles de marbre (?), et trois mille sept cent quatre-vingt-cinq statues, en bronze, d'empereurs et de chefs d'armée. Les autres statues-portraits de bronze, les statues profanes de marbre, probablement aussi nombreuses; les images de dieux, en marbre et en bronze non doré, dont le nombre était, naturellement, bien plus grand encore que celui des statues de prix, ne sont pas comprises dans ces relevés. Après tant de ravages, causés notamment par de fréquents incendies, dont plusieurs avaient atteint des proportions énormes, Rome possédait ainsi, probablement, au quatrième siècle encore, plus de dix mille œuvres, publiquement exposées, de l'art plastique. En y ajoutant celles que renfermaient des centaines de temples, les édifices publics, tels que thermes, portiques, théâtres, etc., les palais et les maisons des particuliers, on comprend que, même deux siècles plus tard, après maintes nouvelles dévastations, Gassiodore pût dire qu'il existait encore, dans l'enceinte de Rome, tout un peuple de statues.
On ne saurait, il est vrai, imputer ces dévastations aux empereurs chrétiens, qui employèrent, au contraire, à l'ornement des villes, les statues païennes enlevées des temples et d'autres édifices 1 . Une très-grande partie de
1 De Rossi, Bull. cr. t III, p. 5, etc.