UVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
On trouve fréquemment des figurines en argile de la déesse de Chypre, les unes en pied, les autres assises, voire même avec un enfant sur les bras, en divers endroits de cette île môme, et ailleurs, comme à Athènes, en Syrie, à Bagdad, à Cyrène, en Crimée, etc. ; elles sont en partie, peut-être même toutes, strictement conformes à la sévérité des modèles archaïques 1 .
La civilisation romaine marquait ainsi aux beaux-arts une triple tâche ; elle leur demandait de procurer à la foi des images de la divinité et d'orner dignement les lieux consacrés à celle-ci , de transmettre à la postérité la mémoire des personnes et des événements, ainsi que de remplir d'une sereine magnificence les demeures des vivants, comme celles des morts. Chacun de ces besoins avait sa racine profonde dans l'essence de la culture romaine, telle qu'elle s'était développée, depuis le commencement de la domination universelle de Rome; elle les répandit tous les trois dans ce monde, qu'elle se soumit d'autant plus complètement que sa durée se prolongea; aussi Fart, qui seul pouvait satisfaire à ces demandes, la suivit* il partout,
* Vidal Lablache, Revue archéoL, 1869, p. 341-344, statuette chypriote du musée d'Athènes, l'un des quatorze exemplaires conformes de la collection qui s'y trouve. — Le passage de Lucien {Amores, il) qu'on y cite, ne peut s'entendre que de figures d'argile obscènes, comme on en voyait alors beaucoup, parait-il, dans les boutiques des potiers de cette ville. Pour les localités où l'on a trouvé des images d'Aphrodite, voyez Ross, Voyages dans les (les, IV, 100 (Idalion), et Preller, Mythologie grecque, l, 1 éd., 291, 5 (ouvrages allemands).
jusqu'aux dernières limites de son immense domaine. C'est ce que les faits rapportés jusqu'ici prouvent suffisamment. Mais, voulût-on, ce qui serait très-facile, encore accumuler beaucoup plus de mentions de ces faits, l'on ne réussirait jamais à donner une idée parfaite de cette immense production des arts, qui continua incessamment, pendant des siècles, sur un domaine de plus de cent mille lieues carrées géog. de superficie. Nous, gens du monde moderne, nous ne connaissons le besoin de l'art et l'activité artistique, y correspondant, que comme des phénomènes relativement assez rares, isolés et très-étroitement circonscrits. L'existence d'un besoin de l'art comme celui qui remplissait tout un monde, alors, et qui a disparu avec la civilisation romaine, demeure jusqu'à un certain point incompréhensible pour nous, nous apparaît même comme quelque chose de fabuleux, malgré les nombreux témoi- » gnages qui en font foi. L'imagination se perd dans la tentative de nous faire une idée de l'exubérance des œuvres d'art, de toute espèce, qui se créaient, année par année, dans des milliers de villes, et s'y accumulaient de plus en plus, en dépit des lacunes causées par la destruction.
La découverte des villes ensevelies près du Vésuve nous a permis, il est vrai, de jeter un coup d'œil sur cette magnificence engloutie des arts du monde romain ; et cette contemplation, bien qu'elle ne nous montre qu'une parcelle de cet immense ensemble, et ne nous l'offre que très-défigurée, reste toujours d'un prix inestimable; car on en reçoit l'impression que des richesses répandues, à pleines mains, avec une telle prodigalité, devaient être effectivement inépuisables. On ne saurait admettre, d'aucune façon, qu'Herculanum et Pompéji se distinguassent, sous aucun rapport, des autres villes d'Italie, par leur parure