LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS ^EMPIRE ROMAIN
pire de la civilisation au service de laquelle se déployait leur activité. Là où cet empire avait des racines fermes, durables et profondes, la vie artistique offrait un développement riche, grandiose et éclatant; elle resta chétive, au contraire, là où la culture romaine ne s'était que passagèrement introduite et n'avait touché que la surface. Abstraction faite de ces différences dans les degrés du développement de l'art, celui-ci est resté, pour le fond, absolument le même dans tout l'empire romain. Deux pays seulement font exception à la règle : l'Egypte, la seule contrée dans laquelle une pratique de l'art, antique, indigène et complètement différente de la pratique universelle de l'art gréco-romain, continuait à subsister; et la Palestine, où la religion entretenait, chez le peuple, l'aversion pour les arts figuratifs.
La stabilité, sans exemple, qui distingue l'Egypte de tous les autres pays de l'antiquité, se montre notamment aussi dans ce fait que l'architecture, la peinture et la sculpture, y furent exercées, sous les empereurs romains, exactement comme sous les Pharaons. Des sculptures du deuxième siècle de notre ère, dont la date d'origine est fixée par des inscriptions, ont été prises, par des connaisseurs de l'antiquité égyptienne, pour des œuvres remontant à trois mille ans avant Jésus-Christ. Non-seulement les temples des dieux de l'Egypte se construisaient, à l'époque de l'empire romain, conformément aux traditions de la plus haute antiquité, les procédés techniques de tous les autres arts y étaient aussi restés les mêmes, sans le moindre changement. .Les murs des temples se couvraient toujours encore des mêmes sculptures, des mêmes hiéroglyphes ; la dorure des ornements sculptés et architecturaux se pratiquait de la même ma-
nière; les couleurs des peintures étaient toujours aussi vives et aussi durables qu'à l'époque de la construction des palais de Thèbes et des grottes nubiennes *. Cependant il est hors de doute qu'il y eut aussi, en Egypte, à côté de l'art indigène, un art gréco-romain. Un complet isolement de l'Egypte, vis-à-vis d'une province limitrophe comme la Cyrénaïque, en particulier, serait même à peine concevable; or, dans cette dernière, des vestiges importants témoignent, avec éclat, de l'état florissant auquel l'architecture, la sculpture et la peinture y étaient arrivées, au temps même de la domination romaine. Suivant le rapport d'un voyageur anglais, chaque partie de la ville de Gyrène et* de ses faubourgs aurait été d'une richesse extrême en statues, et des fouilles ne manqueraient certainement pas d'y amener la découverte de beaucoup d'excellentes sculptures f . Cependant le recours à la production artistique de ce pays voisin n'aurait pu suffire à tous les besoins de l'Egypte, devenue province romaine. Dans une province où résidait un gouverneur romain avec sa cour, ayant une garnison permanente de deux légions, et dans laquelle nombre de Romains et de Grecs avaient fixé leur séjour et voyageaient encore plus, ils devaient aussi tenir à ce que des artistes et des industriels romains, travaillant pour l'art, fussent constamment à leur disposition, pour des entreprises artistiques de tout genre. Déjà le premier des préfets qui gouvernèrent l'Egypte, Cornélius Gallus, se fit poser
1 Letronne, Recueil d'inscriptions, I, p. 210, et Recherches pour servir à V histoire de l'Egypte, p. 446, etc., et p. 460.
* Voir les ouvrages cités par 0. Mûtler, dans son Manuel d'archéologie, §256, 3 (eu allem.), particulièrement Beechey, Proceedings, p. 528.