‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 145 sur 218 · LIVRE IX. — LES BÈÀUX-ÀBTS DANS l'eMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BÈÀUX-ÀBTS DANS l'eMPIRE ROMAIN

des statues dans toutes les parties du pays ! . Vitrasius Pollion, procureur d'Egypte sous Claude, fit Fessai d'utiliser, pour ses statues, le porphyre des grandes carrières du mont Claudien, près de la mer Rouge, qui venaient d'être ouvertes, et en envoya des échantillons à Rome. Il paraît qu'il s'est conservé quelques restes de ces sculptures, indubitablement exécutées sur place. Mais cette innovation fut alors peu goûtée. Les œuvres plastiques en porphyre n'ont commencé à prendre faveur qu'au troisième siècle f . L'aversion des Juifs pour les arts figuratifs, fondée sur leurs dogmes religieux, est connue \ Elle était poussée si loin chez les Esséniens, qu'ils évitaient d'entrer dans les villes, pour ne pas avoir à passer par des portes surmontées de statues, se promener sous des images leur paraissant illicite \ Mais cette particularité même montre qu'en Judée les portes et, certainement, aussi d'autres édifices publics, n'étaient pas absolument dépourvus des ornements de la sculpture, et que la haine des Juifs pour les images avait pu, tout au plus, empêcher l'exercice des beaux-arts par leurs coreligionnaires, non l'interdire aux étrangers, ni défendre l'introduction d'œuvres d'art faites à l'étranger. Hérode le Grand, déjà, avait orné de sculptures ses magnifiques constructions, sans s'inquiéter de la réprobation des orthodoxes. A l'entrée du port de Césarée, construit par lui, s'élevaient trois colosses, et dans le temple d'Auguste de ladite ville, des statues, colossales aussi, de cet empereur et de Roma 5 . Dans les jardins de

' Dion Cassius, LUI, 33.

2 Pline, Hist. nat., XXXVI, 57$ voir aussi Letronne, Recueil, I, p. 142.

3 Suidas, sub verbo pSéXvyjjia, etZonaras, p. 380.

4 Hippolyte, Réfutât., IX, 26.

â Josèphe, Bell. Jud., I, 21, 8.

son par trop somptueux palais, à Jérusalem, il y avait des étangs remplis d'ouvrages d'art en airain, par lesquels s'échappaient les eaux ' .

L'emploi des beaux-arts à la reproduction de la figure de personnes vivantes même n'était nullement un fait inouï, en Palestine. Nous avons déjà mentionné, plus haut, celui de l'envoi que fit la princesse Alexandra des portraits de ses enfants à Antoine. La mort du roi Agrippa, en l'an 44, ayant excité à Gésarée et à Sébaste des transports d'une joie brutale, les soldats traînèrent sur les toits des maisons publiques les statues de ses trois filles, âgées de seize, de dix et de six ans, et les souillèrent de la manière 'la plus infâme*. Caligula, ayant chargé le proconsul de Syrie, P. Pétronius, de lui faire ériger une statue colossale dans le temple de Jérusalem, ce fonctionnaire fit venir de la Phénicie les artistes les plus expérimentés de cette contrée, et leur en confia l'exécution, qui eut lieu à Sidon, en leur fournissant lui-môme les matériaux. Agrippa ayant déterminé l'empereur à se désister de son projet, Caligula n'y revint pas moins; mais il fit, alors, exécuter le travail du colosse, en bronze doré, à Rome même, pour éviter le soulèvement que n'eût pas manqué d'exciter le transport de la statue, de Sidon, à travers le pays*.

En général, une partie certainement considérable des œuvres d'art destinées pour les provinces paraissent avoir été commandées et travaillées à Rome, parfois peut-être même pour le compte de particuliers de la province, mais, ordinairement, sans doute, pour celui des empereurs, en

• Josèphe, Bell. Jud., V, 4, 4.

2 Le même, il. /., XIX, 9, *.

3 Philon, Légat, ad Gajum, p. 579 à 595 M*

vue de leurs constructions et entreprises artistiques à l'étranger. Amen trouva, près de Trébizonde, à l'endroit où Xénophon etl'eropereur Adrien avaient aperçu la mer Noire, une statue de ce dernier, érigée en commémoration de sa visite ; elle avait la main tendue vers la mer; mais, comme elle n'était ni ressemblante ni bien faite, Arrien pria l'empereur d'en envoyer une autre, ayant la môme attitude, mais qui fût plus digne de lui. Pour un beau temple de Mercure de la même localité, en pierres de taille, mais dans lequel il n'y avait qu'une mauvaise statue de ce dieu, Arrien pria de même d'en envoyer une nouvelle, de cinq pieds de haut, et d'y ajouter une autre, de quatre pieds de haut, de Philésius, héros descendant de Mercure, que Ton y révérait aussi 1 . L'exécution de statues sur la plus grande échelle était surtout facilitée, à Rome, par la circonstance que les produits des mines d'or et d'argent, appartenant au domaine impérial, comme la plupart des mines de cuivre et des carrières de marbre, pouvaient y arriver par la voie de la mer et du Tibre, sur le port duquel, au pied de l'Aventin, le gigantesque entrepôt de marbres de la Rome impériale n'a été découvert que depuis peu. Probablement il y avait, à Rome, une petite armée, bien fournie et parfaitement organisée pour la coopération, d'artistes et d'industriels voués à l'art, comme celle dont Adrien se faisait accompagner dans ses voyages, et continuellement occupée au service des empereurs ; aussi n'est-ce, sans doute, que pour les entreprises artistiques d'une importance ou d'une urgence extraordinaire, qu'il y avait né* cessité d'attirer des artistes du dehors^ comme le fit Alexandre Sévère, pour l'érection d'une multitude de

1 Périple du Pont-Euxin, ch. i et n.

statues colossales, d'empereurs divinisés surtout \ Il existait nombre d'ateliers de sculpture, dans lesquels on a trouvé des statues, des têtes tant finies qu'ébauchées, différentes espèces de marbres et des outils de toute sorte, à l'usage des sculpteurs, lors de la pose des fondements de la Ghiesa nuova et d'autres bâtiments, sur le Monte Giordano, dans la neuvième région, entre le Portique d'Europe, le cirque Agonalis et la Via Recta ; mais il en existait certainement aussi ailleurs 1 . Ainsi, il y avait entre le pont iElius et le mausolée d'Auguste, sur la rive du Tibre, dans les Navalia ou tout près, une place, autre que le port déjà indiqué, pour le déchargement des marbres 3 (statio marmorum). Or il existait, là aussi, des ateliers où travaillaient les marbriers dépendant de l'administration impériale, comme il résulte d'inscriptions que l'on y a trouvées, et sans doute encore d'autres ateliers, ne relevant que de l'industrie privée*.

Qu'il y eût cependant, dans toutes les carrières de marbre et d'autres pierres, fournissant des matériaux pour les statues, nombre de statuaires et de tailleurs de pierre, établis là en permanence, comme on le voit encore maintenant à Carrare, lesquels ou ébauchaient des œuvres de sculpture et taillaient dans le gros, ou les fidissaient même, c'est un fait dont il existe encore des traces en beaucoup d'endroits. Le fameux colosse d'Apollon , à Naxos, long de 10 mètres 60, qui, depuis les temps de Cyriaque, d'Ancône, attirait l'attention de tous les voya-

1 Histoire Auguste, Vie d'Alexandre Sévère, ch. xxv. 3 Pellegrini, Bull. d. Instit., 1859, p. 68, etc. ; Benndorf et Belles images du musée du Latéran, p. 350.

3 Preller, Régions, 241 à 243.

4 Bruzza, p. 137,. etc.

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