‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 153 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

moulées sont jointes de travers. Pour un bon nombre de ^ ces ornements, il est encore possible de reconnaître par quelles voies on arrivait à se les procurer. Il en est une partie dont les originaux, figures ou groupes, nous sont connus comme des chefs-d'œuvre, ayant de l'importance par eux-mêmes et fort goûtés à Rome, ce qui en recommandait l'emploi pour l'ornementation. Or, ces ornements, nous les retrouvons sur les membrures architecturales de dimensions majeures, les métopes l , ou tablettes de frise, puis dans les sculptures en relief des sarcophages, finalement aussi sur des vases de poterie. Ainsi Rome, en dictant à tout l'empire les lois de la mode, c'est-à-dire du goût dominant en fait d'arts, mettait aussi les gens peu aisés de la province à même de participer, dans une certaine mesure, à la jouissance des trésors de l'art, accumulés dans la capitale \

Ainsi, l'immense avantage d'une tradition fixe et d'une autorité généralementreconnue, ne profitait pas seulement, comme on voit, à l'art proprement dit, mais peut-être encore à un plus haut degré, à l'industrie artistique, dans l'acception la plus large du mot, et l'influence du génie de Phidias et de Polyclète, de Praxitèle et d'Apelle, s'étendait jusqu'aux modestes ateliers des potiers, des tailleurs de pierre et des peintres décorateurs d'appartements. S'il n'y , avait généralement pas, dans l'antiquité, de démarcation fixe entre l'art et le métier artistique^ comme par le fait, } du reste, le vocabulaire des langues anciennes ne distingue pas nettement entre l'un et l'autre 3 , ils étaient tous les

{ Intervalle carré, garni de bas-reliefs ou d'autres ornements, entre les triglyphes de la frise, dans les colonnades de l'ordre dorique.

3 Jahn, Antiquités, 241 à 244.

3 C. Fi Hermann, Études des artistes grecs, p. 6; — Marquardt, Manuel, V, 2, 207.

deux d'autant plus étroitement reliés entre eux, par mille et mille points de jonction et de contact, à une époque où la production n'était, en majeure partie, qu'une simple reproduction, et où Ton ne demandait, ordinairement, à l'artiste que la mise en œuvre ou l'emploi des inventions d'autrui. Comme l'artisan aussi se formait l'oeil et la main dans la contemplation des plus beaux modèles, l'habileté technique lui suffisait, pour le mettre en état de fournir de bonnes imitations, et c'est ainsi que le métier conquit, en quelque sorte, une grande partie du domaine qui, en d'autres temps, ne devait appartenir qu'à l'art proprement dit; et il prit, sur ce terrain, un développement d'une importance qu'il n'y avait possibilité d'atteindre qu'avec un besoin de jouissances artistiques aussi répandu qu'on le voit alors, jusque dans les couches les plus basses de la société.

Cependant l'exploitation industrielle de l'art avait, à bien des égards, non-seulement le caractère du métier, mais encore, même en dehors des branches pour lesquelles nous avons déjà été amenés à en faire l'observation, celui d'une véritable industrie de fabrique.

De même que les constructions, l'exécution des oeuvres d'art, de celles particulièrement qui exigeaient de grands moyens, était très-souvent, sinon généralement, abandonnée à des entrepreneurs, en partie artistes eux-mêmes, mais qui, en partie aussi, ne faisaient qu'occuper des artistes. D'après un témoignage déjà mentionné de Plutarque, on ouvrait des concours, même pour l'érection de colosses, et l'on chargeait du travail l'artiste qui promettait la meilleure exécution, avec le moins de dépense. La motion de Cicéron, tendant à faire élever une statue à S. Sulpicius Rufus, porte quç les consuls doivent or-

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