LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN
beaucoup accrue, donnât lieu à de nombreuses imitations des œuvres plastiques, même antérieures à Phidias.
Or, ce phénomène se reproduit sur tous les autres domaines de l'art. Quintilien 1 , cherchant à prémunir l'orateur contre la simple imitation, l'avertit de ne pas faire comme beaucoup de peintres, ne s'appliquant qu'à copier les tableaux d'autrui, par une reproduction très-exacte des dimensions et des contours. Cependant, même dans la peinture, des imitations libres et des remaniements d'oeuvres anciennes, tels qu'en mentionne Lucien, et comme il en a été constaté de multiples dans les fresques d'Herculanum et de Pompéji, paraîtraient avoir été d'un usage plus fréquent. La conservation des parquets de mosaïque, dans les provinces qui différaient le plus entre elles, montre là aussi, partout, une reproduction constante des mêmes objets : des Néréides et des monstres marins, dans les établissements de bains surtout, des imitations de reliefs des festins dans les salles à manger, genre d'un usage tellement général que le mot asarotum, par lequel on le désigne, est devenu synonyme de mosaïque, des bustes de poètes et de sages dans les bibliothèques, les salles d'étude, etc. Dans l'ornementation des ustensiles et des objets usuels, on reproduisait aussi, continuellement, les mêmes modèles, qu'ils procédassent d'une imitation de main d'artiste, ou de la production en grand des fabriques. Zénodore, le fondeur de statues déjà mentionné, copia deux coupes, ciselées par Calamis, si exactement, qu'il n'y avait guère de différence entre elles, pour le travail d'art*. Les gemmes, les vitrifications et autres produits de la
1 X, 2, 6 : Quemadmodum quidam pictores in id solum student, ut describere tabulas (eisdem) mensuris ac lineis sciaut.
2 Pline, Histy nat., XXXIV, 46.
fabrication du verre, offrent aussi des copies plus ou moins * réussies des mêmes modèles; mais les plus nombreux échantillons sont ceux des poteries, répandues en masse dans tout l'empire romain, ces produits si remarquables d'une industrie artistique arrivée à un développement aussi riche que varié. Fournissant des tablettes de frise, des tuiles frontales, des vases avec ornements et figures en relief, mais surtout des lampes, elle répandit, comme on l'a déjà dit, les inventions les plus nobles et les plus gracieuses de l'art grec jusqu'aux limites extrêmes de la civilisation romaine. Toutes ces poteries ont été pressées dans des moules, et l'emploi des procédés mécaniques servant à les multiplier explique pourquoi, dans toutes les ! parties de l'empire romain, en Afrique, en Espagne, dans ; les Gaules, sur les bords de la Tamise, du Rhin et du Danube comme en Cilicie, les mêmes formes, les mêmes figures, les mêmes reliefs, le» mêmes ornements et les mêmes empreintes de noms des potiers, se trouvent uniformément reproduits. Cependant la moindre partie seulement de ces articles romains provenait d'une importation directe; on trouvait plus commode de fournir aux poteries les moules et les timbres. Il en résulte que, dans ce que l'on pouvait se procurer sur place, il se manifeste partout des différences dans le mélange et le travail de l'argile, ainsi que dans la couleur et l'émail ; tandis que ce qui est le produit du moulage et de l'estampillage se montre partout homogène. Il ne serait pas difficile de reconstituer d'une manière assez complète * avec les poteries trouvées en divers endroits j l'outillage d'une fabrique de poteries romaine* bien assortie en moules et en timbres, tîn manque d'intelligence chei les potiers des provinces se trahit pourtant^ en ce que, parfois, les pièces