‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 155 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

leurs maîtres, tantôt exécutaient, pour le compte de ceux-ci j des commandes étrangères. Verres avait, parmi ses gens, un certain nombre de ciseleurs et d'ouvriers habiles à faire des vases de métal 1 . Parmi les agréments d'une existence modeste, mais assurée, que le Névolus de Juvénal souhaite pour ses vieux jours, il range aussi les services d'un ciseleur au dos voûté et d'un faiseur de portraits expéditif*, c'est-à-dire d'esclaves capables d'augmenter son revenu du bénéfice de travaux particulièrement lucratifs. Or, l'industrie du peintre devait surtout rapporter beaucoup, sans doute, par l'emploi que procurait à son talent la manie de la confection d'une multitude d'images, retraçant des événements historiques et riches en figures. Les peintres sont, d'ailleurs, les seuls artistes fréquemment désignés comme appartenant à la condition d'esclaves 8 ; il s'ensuit, naturellement, qu'ils ne manquaient pas non plus dans la domesticité de la maison impériale \ Sous le règne d'Adrien, le jurisconsulte Julien développe, dans sa dissertation sur les dommages-intérêts dus pour le meurtre d'un esclave, que si le pouce avait été coupé à un peintre habile de cette condition {pretioso pictori), et celui-ci tué ensuite dans l'année, l'estimation doit être basée sur la valeur qu'il avait antérieurement à sa mutilation 5 . Parmi les conditions de l'affranchissement d'esclaves ayant reçu une instruction artistique figurait, dans beaucoup ae cas, l'obligation de continuer à rendre au patron des ser-

1 Cicéron, Verrines, II, 4, 24, 57.

* Juvénal, IX, 145, etc.

3 Voir Artémidore, Onirocratie, IV, proœm., p* 200, etc.; puis Digeste VI, 1,28. '

4 Histoire Auguste, Vie d'Alexandre Sévère, ch. su*

* Digeste^X, 2,23, §3;

vices dans l'art qu'ils avaient appris, et parmi ces services on nomme expressément les travaux de peinture 1 .

La circonstance que les œuvres d'art s'exécutaient, en grande partie, par le moyen d'un travail d'esclaves, en déterminait le bon marché, corrélatif avec l'usage général de ces objets, répandus partout. Cependant, le travail des ouvriers d'art libres n'était pas payé cher non plus. Dans l'édit de Dioclétien, le règlement des journées de salaire des ouvriers pourvoyant à la décoration artistique des maisons, est basé sur la supposition qu'ils étaient, comme tous les autres, nourris par le propriétaire du bâtiment en construction. Le salaire du stucateur y est le même que celui du maçon, du charpentier et du chaufournier, du charron, du boulanger et du forgeron ; celui du mosaïste le dépasse d'un sixième seulement, celui du modeleur d'argile et de stuc, de la moitié, tandis que celui du peintre de tableaux s'élève au triple. L'opération de la fonte des statues en bronze se payait à la livre 1 . Pour les statues notamment, la confection de celles-ci en fabrique eut pour effet d'en faire considérablement baisser les prix.

Tandis que, du temps d'Alexandre le Grand, le prix moyen d'une statue paraît avoir été de 3,000 drachmes (2,947 francs), Dion de Pruse, dans son discours rhodien, dit que l'on peut faire élever une statue en pied, de bronze, pour 1,000 drachmes, ou même pour la moitié (500). Quoique cette estimation eût été faite très-bas à dessein, de nombreuses indications de prix, fournies par des inscriptions, permettent de constater qu'elle ne s'éloignait

« Digeste, XII, 6, 26, § 12.

3 Waddington, Édtt de Dioclétien, p. 18. Les cotes des salaires sont de 5o, 60, 75 et 150 deniers; pour la fonte (in sigillis vel statuis) on comptait 4 deniers par livre.

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