‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 167 sur 218 · LIVRE IX. LES BEAUX- ARTS DANS l'eMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. LES BEAUX- ARTS DANS l'eMPIRE ROMAIN

redire. Si la forfanterie d'un ancien proconsul de la Narbonnaise, Titédius Labéon, avec l'art qu'il déployait dans de petites images, dont il ennuyait tout le monde, lui valut du ridicule et même des avanies 1 , ce n'est pas sur le dilettantisme en lui-même, mais sur l'ostentation avec laquelle ce personnage en faisait parade, que portaient ces sarcasmes. Si Ton compare, toutefois, avec ces témoignages, toujours encore isolés, du dilettantisme chez les Romains, dans les beaux-arts, les preuves très-nombreuses de leur dilettantisme en musique, on en reçoit l'impression que le premier ne saurait, il s'en faut de beaucoup, avoir été jamais aussi répandu, chez eux, que le second.

Il va sans dire que les Romains, dans les voyages qu'ils entreprenaient pour leur plaisir et pour leur instruction, notamment en Grèce et en Asie Mineure, ne négligeaient pas d'aller visiter les œuvres d'art qui s'y trouvaient. On ne pouvait, naturellement, pas se dispenser de voir, en particulier, celles qui étaient en grand renom, et que toute personne, lisant quelque peu, devait connaître, au moins de réputation, par les livres. On entreprenait même des voyages uniquement pour les voir. Cependant, rien ne prouve que cet intérêt affecté pour l'art ait été jamais plus qu'une curiosité s'attachant à l'extérieur et toute superficielle, étant déterminée principalement par la célébrité de l'œuvre et de l'artiste. C'est l'intérêt historique qui paraît avoir été, par-dessus tout, le mobile déterminant des voyages des Romains, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, et la grande majorité d'entre eux sentaient indubitablement, comme Atticus, que la splendeur même des incomparables chefs-d'œuvre d'Athènes atti-

1 Brunn, ouvrage précité, 306.

rait moins que les souvenirs historiques attachés à cette ville.

Le fait de 1* accumulation d'une multitude d'çeuvres d'art entre les mains deg particuliers, à Rome, y peut être moins que tout autre invoqué comme une preuve des progrès du 6ens artistique II suffisait qu'on les sût de prix, pour quelles parussent un butin enviable, même à ceux qui avaient aussi peu l'intelligence de. la valeur de ces objets que le rude ordonnateur du §ae de Coriuthe ; et la richesse des pays grecs, en œuvres d'art, était tellement inépuisable, qu'elle permit h l'avidité romaine de s'en rassasier pendant des siècles, A côté des colonnes de marbre, des tapis, des tables de bois de citrus, de l'argenterie et des vases de grand luxe, les statues et les peintures étaient, comme nous l'avons déjà fait remarquer, arrivées, avec les progrès du temps, à être regardées comme de plus en plus indispensables pour l'ornement des maisons et des villas opulentes. Avec }a richesse énorme du fonds existant d'qBuvres d'art et la facilité que l'on avait pour en faire l'acquisition, ou se les procurer par la rapine, il n'était même pas besoin d'un goût partie culier d'amateur pour former des collections. Il est certain que les galeries de tableaux s'étaient tellement multipliées, du temps d'Auguste, que, dans le plan d'une maison aristocratique, tel que le conçut Vitruve S celui-ci ne crut pouvoir manquer d'y réserver, pour cet objet, une grande salle, du côté nord de l'édifice*

Bien qu'il ne fût pas impossible que ces collections com* prissent aussi des œuvres d'artistes vivants, il n'y est jamais fait mention de celles-ci, et, lors même que les pein-

1 Éd. Rose, VI, 5, 1,7, 2; 8, i>

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