‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 166 sur 218 · LIVRE IX. — tES BEAUX-ARTS DANS h' EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — tES BEAUX-ARTS DANS h' EMPIRE ROMAIN

Un ouvrage capital de Varron montre déjà que les Romains reconnaissaient, dans les beaux-arts, un élément très-important pour la civilisation tout entière. Dans son encyclopédie, qui traite des neuf branches principales de la science et de l'art, cet auteur n'avait, il est vrai, accordé une place qu'à l'architecture ; mais, dans sa collection de sept cents portraits d'hommes célèbres, accompagnés de leurs signatures, il avait admis aussi des peintres et des sculpteurs, à côté de rois, de généraux, d'hommes d'État, de poëtes, d'écrivains, de savants et d'architectes * ; et c'est ce qui a, comme toutes les œuvres de Varron, exercé une grande influence sur l'éducation en général, dans les temps postérieurs. Les développements dans lesquels est entré Pline l'Ancien,, au sujet* de l'histoire de l'art et des artistes, dans sa Description du monde, écrite plus d'un siècle plus tard, sont de nature à faire supposer d'autant plus un accroissement de l'intérêt pour les choses de ce domaine, dans la partie instruite du monde romain, que l'auteur lui-même était, personnellement, tout à fait étranger aux choses de l'art. Nous ne savons pas jusqu'à quel point a été réalisée la demande de Varron, que l'on enseignât la peinture aux jeunes filles ; cependant il se peut qu'il y eût aussi, parmi les femmes peintres dont les noms figurent souvent sur des tableaux, des peintres de ce sexe travaillant en amateurs. L'exemple de Paul Emile, qui admit aussi des peintres et des sculpteurs grecs parmi les professeurs chargés de faire l'éducation de ses fils 2 , pouvait bien avoir trouvé assez souvent de l'imitation,

1 Ritschl, Ind. Scholl, Bonn, 1856-57 (Musée rhénan, XIII, 460, etc.). — Pour l'hebdomac|e des peintres, voyez Quintilien, XII, 10, 6; pour les statuaires, Pline, HUt. nat. f XXXIV, 54, etc.

2 Plutarque, Paul Emile, en. vi.

même au temps de l'empire, dans les cercles où Ton s'appliquait particulièrement à propager l'éducation hellénique. Le fait qu'en Grèce la peinture avait, en maint endroit du moins, sa place dans les programmes de l'enseignement, est attesté par une inscription de Téos *, où le dessin d'après nature (Çcoypaçia) figure parmi les objets pour lesquels des prix étaient décernés aux adolescents. Néron n'était pas encore sorti de l'enfance qu'il maniait déjà assidûment le pinceau et la baguette du modeleur. De même Adrien s'était montré plein de zèle dans son application à l'étude de ces deux beaux-arts, et, même après son avènement à l'empire, il ne cessa pas de faire de la peinture en amateur. Marc-Aurèle eut pour professeur, dans ce même art, le Grec Diognète, qui paraît avoir été en même temps philosophe, et qui exerça, à d'autres égards aussi, de l'influence sur l'éducation de ce prince. Alexandre Sévère, dont toute l'éducation avait été grecque, peignait, dit-on, admirablement; Héliogabale, aussi, pratiquait cet art, et Valentinien encore faisait, en amateur, de la peinture ainsi que de la sculpture*. Bien que l'exemple de deux empereurs, élevés en Syrie, ne prouve rien, il est vrai, pour l'éducation romaine, le nombre des autres princes artistes est encore assez grand pour nous faire admettre que l'enseignement des beaux-arts à la jeunesse, ainsi que le dilettantisme déterminé par là chez elle, à un âge plus mûr, n'était, à aucune époque, une rare exception dans les classes supérieures de Rome. Il en résulte, tout aussi clairement, que ce dilettantisme, en soi, était une chose à laquelle on ne* trouvait rien à

2 Brunn, Histoire des artistes, II, 309, etc.

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