LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS i/ EMPIRE ROMAIN
Rome, plus de ces deux artistes que de Phidias, dont les plus importants chefs-d'œuvre étaient en Grèce. Vitruve n'hésite pas à les appeler tous les deux les représentants de Fart plastique, de même qu'il voit dans Apelle celui de la peinture. Les artistes des temps postérieurs à Alexandre le Grand, ou de la fin de la république romaine, parmi lesquels excellaient Pasitèle et Arcésilas, ne sont jamais compris dans les anciens maîtres.
Que Ton songe maintenant à la masse de ces œuvres d'art réputées anciennes, accumulées entre les mains des particuliers, et dont un Domitius Tullus, par exemple, put remplir sur-le-champ un vaste parc ; au sans façon avec lequel, d'une part, on faisait sonner les noms les plus célèbres, et, de l'autre, à la virtuosité technique déployée dans l'art de cette époque, ainsi qu'à la grande activité avec laquelle on s'y appliquait à la reproduction des œuvres classiques et antiques ; et l'on sera tout porté à croire, même sans la confirmation d'un témoignage positif, que les collectionneurs n'étaient trompés que trop souvent, par les artistes et par les marchands d'objets d'art, leur faisant acheter des copies pour des originaux. Il existe même, du premier temps de l'empire déjà, un témoignage attestant expressément que de pareilles supercheries étaient fréquentes et notoires. Le fabuliste Phèdre dit 1 que, s'il emprunte le nom d'Ésope, ce n'est que pour faire mousser les produits de sa plume, comme faisaient beaucoup d'artistes de son temps, en inscrivant le nom de Praxitèle sur leurs marbres neufs, celui de Myron sur de l'argenterie limée, et celui de Pausias (ou
1 V, praef. v., 7 cod. : Detrito Myronem argento fabulas exaudiant, ou plutôt : Trito Myronem argento, tabulas Pausiam. (Zeuxidem?) T. III. 22
de Zeuxis?) sur un tableau; car c'est ainsi, ajoute-t-il, que la maligne envie exalte toujours l'avantage de l'antiquité aux dépens des bonnes choses du temps présent. Si donc on rencontre, daûs la littérature du temps, des mentions de travaux de grands artistes, qui seraient autrement tout à fait inconnus, on ne saurait les accueillir qu'avec défiance. Il n'est, évidemment, pas impossible qu'il y eût eu de Phidias un vase orné de poissons ciselés en relief, une cigale (cicada), une abeille et une mouche ; mais on ne saurait pourtant l'admettre, comme un fait entièrement digne de foi, sur une simple allégation de Martial, d'ailleurs susceptible d'être interprétée autrement, et sur celle de l'empereur Julien *.
Le travail des métaux précieux, la toreutique (cœlalura), était un champ sur lequel la fraude artistique se donnait très-librement carrière, attendu que la manie de garnir les buffets d'argenterie ancienne était un des luxes d'art qu'on affectionnait le plus. Mais l'époque où fleurit l'art toreutique avait été de courte durée, et n'avait compté que peu d'artistes notables. Du plus grand d'entre eux, Mentor, le Benvenuto Cellini de l'antiquité, les connaisseurs n'étaient disposés à reconnaître, comme authentiques, que quatre paires de coupes 2 . Dans le commerce des objets d'art pourtant, les coupes passant pour être de sa main ne sembleraient nullement avoir été rares. Martial * décrit une boutique où l'on vendait des
1 Gomme l'a fait Bruno, dans sou Histoire des artistes (1, 187). — Dans Martial, Are Phidiaca (III, 35) veut peut-être simplement dire la sculpture, comme Ars Apellea (XI, 9, 2) signifie la peinture.
3 Jahn, Antiquités, 236, etc. (en allem.). — Voir aussi Bruno, II,