‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 170 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS DANS L'EMPIRE ROMAIN

objets de luxe précieux : on y trouvait non-seulement des statues de Polyclète, mais aussi, assure-t-il , des coupes noblement travaillées de la main de Mentor. Si des connaisseurs ne pouvaient être trompés que par de bonnes copies, comme celles de Zénodore, faites d'après les originaux de Calamis, il y avait, sans doute aussi, un assez grand nombre d'amateurs et de collectionneurs de l'acabit du héros de Pétrone, Trimalcion, qui, en sa qualité d'amateur particulier de pièces d'argenterie, possédait des coupes sur lesquelles était figurée Gassandre immolant ses fils, et où l'on voyait ces enfants couchés comme de vrais morts; puis d'autres qui montraient Dédale enfermant Niobé dans le cheval de Troie : scènes dont les sujets réels étaient une Médée égorgeant ses enfants et le taureau de Pasiphaé\ Il fait remarquer, après avoir fini ^numération de ses vases, qu'ils sont tous de poids. Après les ouvrages en argent, les ouvrages en bronze formaient aussi un des articles pour lesquels se passionnaient les collectionneurs, surtout les objets en bronze de Gorinthe, alliage dont on disait le secret perdu. Cela n'empêchait pas qu'il n'y eût des artistes toujours prêts à fournir des ouvrages de cette matière, avec lesquels ils ne parvenaient, probablement, que trop souvent à tromper les connaisseurs, bien que ceux-ci eussent, entre autres, la prétention de reconnaître, à l'odeur, les bronzes authentiques *.

Ce n'est indubitablement pas un hasard que, dans la mention des collections artistiques de cette époque, on insiste si souvent sur des particularités externes, telles que la vétusté, la rareté, la précieuseté de la matière ; il

1 Pétrone, ch. ui.

7 Marquardt, Manuel, V, 2, 280.

est certain, au contraire, qu'une grande partie des collectionneurs attachaient une importance capitale à ces avantages, les mieux appréciables pour eux, dans les œuvres d'art. L'intérêt historique aussi paraît avoir été, conjointement avec les autres conditions mentionnées, fort en jeu dans la composition des musées d'art. En général, les objets qui avaient été en possession de personnes célèbres, étaient extrêmement recherchés et payés très-cher : la * lampe de terre d'Épictète, 3,000 drachmes, le bâton de Pérégrinus Protée, un talent 1 . La valeur du diamant que la belle princesse juive, Bérénice, avait reçu, en cadeau, de son frère Agrippa II, s'était encore sensiblement accrue par suite du seul fait qu'elle l'avait porté à son doigt*. Dans une vente aux enchères de bijoux impériaux, ordonnée par Galigula,,on fit entrer en compte, dans les prix faits aux personnes obligées de s'y porter acheteurs, bon gré, mal gré, la circonstance que tels objets avaient appartenu à Germanicus ou à Agrippine, tels autres à Marc-Antoine ou à Auguste 8 . Aux tables des riches maisons, les invités n'étaient pas seulement priés de soulever chaque pièce, pour s'assurer du poids de l'argenterie, mais aussi d'entendre l'historique de chacune, sans qu'on leur fît grâce du moindre détail \ Juvénal ' fait la description d'un naufrage, où l'on jette à la mer, entre autres, des vases d'argent ciselé, qui passaient pour avoir servi à Philippe de Macédoine. Garacalla possédait des armes et des vases à boire dont avait, jadis, fait usage Alexandre le Grand, au-

1 Lucien, Adv. indoctum, 13, etc.

» Juvénal, VI, 156.

* Dion Cassius, MX, 21.

4 Lucien, Saturn., 3, 33.

k XII, 46.

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