‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 177 sur 218 · L1VKE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

L1VKE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

leur chant propres, depuis les temps les plus anciens; mais leurs modestes instruments, leurs mélodies trèssimples sans doute, furent réduits au silence, dans les temples comme sur la scène, par la richesse de sons plus grande et l'art supérieur de la musique grecque. Vis-à-vis de cet art, introduit du dehors et très-avancé dans son développement, l'art indigène né put se maintenir. Ce fut en vain que le vieux parti romain, dont l'esprit exclusif était hostile à tout ce qui venait de l'étranger, réussit encore, en l'an 115 avant Jésus-Christ, à faire défendre l'usage de tous les instruments de musique autres que la flûte italienne, flûte courte, percée de quelques trous seulement 1 . De musique romaine, dans le sens plus élevé d'un art proprement dit, il n'y en a jamais eu, mais seulement une musique grecque, transplantée sur le sol romain. L'art que les Romains reçurent des Grecs différait essentiellement de la musique moderne, dont il n'eut jamais l'importance, par la raison déjà qu'il était beaucoup moins indépendant, et qu'il était complètement subordonné à la poésie, avec laquelle il vivait dans une communion bien plus intime et plus générale que de nos jours. Le débit en musique était, pour la plupart des genres de la poésie antique, un des éléments nécessaires, indispensables même de la forme artistique, même pour les genres qui, d'après les idées reçues de nos jours, se trouvent entièrement exclus du domaine de la composition musicale \ Il

1 Cassiodore, Chron. a. u. c. 639 : His coss. L. Me tell us et Cn. Domitius censores artem ludicram ex urbe removerunt praeter Latioum tibicinem cum cantore et ludumtalanum (?). Mommsen, ffist. rom. II, 408, etc., adopte « talarium; » Herz, dans les Nouvelles annales philologiques, tome 93, 582, « atellanum. »

2 Westphal. Harmonie et mélopée des Grecs, p. 8, etc. (en allem.).

est notoire que la tragédie et la comédie antiques ressemblaient beaucoup plus à notre opéra et à notre vaudeville, qu'à celles de nos pièces de théâtre où Ton ne fait que parler. Le drame romain, outre les parties réservées à la parole, comprenait des scènes de chant, des airs (ca?itica) et des récitatifs avec accompagnement de musique [deverbia) 1 .

Toute la poésie lyrique n'était faite qu'en vue d'être mise en musique et débitée avec l'accompagnement d'instruments à cordes : ce n'étaient même, au fond, que des chants pour la lyre *, des chants choraux surtout, paraît-il, car on visait, autant que possible, à l'exécution chorale 3 . Cela ne s'applique pas seulement aux odes des lyriques grecs, comme Anacréon, Sapho, Alcée, chantées souvent, selon toute apparence, au temps de

1 Dziatzko. Les deverbia de la comédie latine (en allem.), dans le Nouveau musée rhénan, 1871, p. 97, etc. — Septenarii ad tibiam (Cicéron, Tuscul. I, 44, 107). — Voir aussi Éd. a Bruner, Queestiones Teren- Hanse, Helsingfors, 1868, p. 22, etc., où Ton voit aussi, déjà, des monologues comptés parmi les « deverbia. » Voyez, dans le même travail, ce qui est dit, p. 34, etc., de la composition et de l'accompagnement de flûte des « deverbia » et p. 29, etc. , de la probabilité que l'on connaissait dès lors les ouvertures.

D'autres èrudits sont pour la forme diverbium: ainsi Bucheler (Nouvelles annales philologiques 1871, 273) et Ritschl, auteur du Canticum et diverbium dans Piaule (Nouveau musée rhénan, 1871, 599 etc., ainsi que particulièrement 618, 48). Ritschl a parfaitement démontré que les scènes septénaires trochaïques doivent être classées parmi les cantica. M. Friedlœnder cependant ne veut pas admettre que la « palliata » n'eût point d'autres éléments que la déclamation, le récitatif et le mélodrame; il persiste à croire que les cantiques étaient des monologues ou solos, répondant à nos grands airs, et n'admet pas davantage que la forme mélodramatiqne fût la seule possible, dans l'accompagnement musical du chant épique, comme le veut Ritschl (p. 623, 55).

* Quintilien, 1, 10, 29.

* Pline le Jeune, Lettres, Vil, 17 : Lyrica. .. chorum et lyram poscunt. — Voir aussi Aulu-Gelle, XIX, 9.

Page 1