‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 18 sur 218 · LIVRE Vllt. — LE LUXE ROMAIN · texte numérisé non relu

LIVRE Vllt. — LE LUXE ROMAIN

ne trouvons rien à blâmer dans l'usage quotidien de substances alimentaires provenant des autres parties du monde, mais n'y voyons même plus un luxe, les complaintes de Varron doivent nous paraître d'autant moins fondées, l'importation des produits de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique n'étant certes ni plus facile, ni moins dispendieuse pour nous que l'étaient jadis les envois des pays riverains de la Méditerranée pour Rome, car cette capitale, il ne faut pas l'oublier, avait aussi l'avantage d'être presque un port de mer. Il nous est impossible, répétons-le, de voir dans de pareils phénomènes économiques autre chose qu'une conséquence nécessaire du développement des relations commerciales et de l'accroissement du bienêtre. Ainsi Paris, qui jouissait déjà au treizième siècle de la réputation d'être, sous beaucoup de rapports, la première cité de l'Europe, avait certainement, à cette époque, bien moins d'activité commerciale et de richesse que Rome au temps de Varron; cependant les gens de Paris n'étaient, alors déjà, rien moins qu'indifférents à l'égard des sources d'approvisionnement d'aucune denrée alimentaire ; on y savait parfaitement quel district produisait le mieux tel oit tel article, et où le gourmet avait à s'en pourvoir, s'il tenait à bien garnir son office. On préférait les pois du Vermandois à ceux de toute autre provenance ; on tirait le cresson de l'Orléanais, les navets de l'Auvergne, les oignons de Corbeil, les échalotes d'Étampes; on faisait, notamment aussi, grand cas des fromages de la Champagne et de la Brie, ainsi que du poisson des étangs de Bdndy, des poires de la Bourgogne et des pommes de l'Auvergne. On recevait les meilleurs marrons de la Lombardie, les figues de Malte et le petit raisin sec du Levant. Parmi les vins étrangers, les plus estimés à Paris étaient, à part les crus

de la Moselle, les vins d'Espagne et de Chypre, avec diverses autres sortes de Grèce et d'Italie 1 . Il y aurait moyen de recueillir, pour toutes les époques, de pareilles données sur tous les pays dans lesquels il existait un mouvement commercial déjà quelque peu développé et suffisamment connu. Si nous passons de la France à l'Allemagne, nous trouvons que Nicolaï, dans sa Vie de Sébaldus Nothanker* 9 met en scène un comte, grand go.urmet et teutomane, lequel, dans son antipathie native pour la cuisine française, s'attache à composer ses menus, d'après son propre goût, uniquement de ce que les pays allemands fournissaient alors de meilleur en fait de comestibles. Ce gastronome recevait tous les jours, par la poste, de grosses murènes de Poméranie, de la longueur d'un pied et demi, destétragonoptères de l'île d'Héla et des anguilles de sable de Berlin. Il recommande de faire venir les faisans de la Bohême en février, les pâtés froids de Hanau, le fromage de cochon épicé {Schwartenmagen) de Francfort sur le Mein et les grives du Harz en mars. De plus il lui faut des écrevisses de Sonnenbourg, des jambons de Westphalie cuits dans du Champagne, du .caviar de Kœnigsberg, des melons d'Astrakhan et des ananas. Or tout le monde sait combien l'Allemagne était pauvre alors, comparativement à l'Angleterre et à la France, et quelles entraves arrêtaient encore son développement commercial, à la même époque.

En lisant tout ce que les écrivains romains ont dit au sujet de l'atrocité des chasses de leur temps, de cette manie abominable d'explorer toutes les terres et touteslesmers,àla

1 Springer, Paris au treizième siècle, p. 32 et 34 (en allemand).

2 h 54. — Ce roman parut en 1799.

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