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LIVRE V11I. — LE LUXE ROMAIN

L'importation d'oiseaux et de coquillages exotiques, à Rome, ne commença que beaucoup plus tard. En Tan 115, ou peut-être seulement en 78 avant notre ère, parut un nouvel édit prohibant ces deux articles, ainsi que les muscardins 1 . Vers Tan 100 encore, on ne servait jamais aux convives, même dans les festins les plus opulents, du vin de Grèce plus d'une fois 1 , ce qui, vu la facilité des communications entre l'Italie et la Grèce, est le témoignage le plus significatif des prétentions plus que modestes de la gastronomie à cette époque. Le stoïcien Posidonius rapporte comme un résultat de ses propres observations, faites vers le même temps ou un peu plus tard, qu'en Italie les gens aisés habituaient leurs enfants à se contenter d'une nourriture des plus simples 8 . Mais la prospérité croissante du commerce fit peu à peu un besoin de la consommation des denrées alimentaires et autres marchandises que lui offrait l'étranger.

Par suite de l'extension progressive des relations de Rome avec les pays d'outre-mer, de l'activité croissante du trafic par lequel les diverses parties du littoral de la Méditerranée opéraient l'échange de leurs produits, on ne tarda pas à savoir parfaitement à Rome que les chevreaux d' Ambracie, les brochets de mer de Pessinonte, les huîtres de Tarente, les dattes de l'Egypte, etc., étaient ce que chacune de ces espèces offrait respectivement de plus exquis. D'autres contemporains, tels que Varron, constataient cette

1 Pline, HUt. nat., VIII, 223. — Voir aussi Becker, Gallusjll (3 e éd.)» 356, et Gibbon (cb. xxxi, 45) qui dit : It is reported tbat they are still esteemed in modem Rome and are frequently sent as présent by the Colonna princes.

2 Varron, dans Pline {Hist. nat., XIV, 96).

3 Atbénée, VI, 275 A.

préférence, tout en la blâmant hautement 1 , parce qu'ils trouvaient évidemment d'une gourmandise déjà très-répréhensible que Ton ne se contentât pas, dans le régime alimentaire, de produits indigènes , d'excellente qualité, à leur avis. On a peine à croire, cependant, que le rigorisme de cette manière de voir ait jamais été général, même dans l'antiquité. Thucydide* prise comme un grand avantage pour Athènes que l'on y importait les produits de tous les pays, ce qui avait rendu l'usage des marchandises de l'étranger aussi familier à ses concitoyens que celui des productions indigènes. De même , des poètes comiques de l'école attique moyenne, comme Antiphane et un autre sur lequel travailla Ennius, Archestrate de Gela, dans un voyage gastronomique autour du monde, se sont plu à faire, avec une satisfaction visible, l'énumération des friandises de diverses contrées 3 . De ces deux manières de voir c'est, suivant toute probabilité, celle de Varron qui aurait le moins de chance d'être goûtée, aujourd'hui qu'en Allemagne et dans presque tous les autres pays de l'Europe le café des Indes orientales et occi* dentales, le thé de Chine, le sucre des Antilles, le fromage anglais, le vin d'Espagne et le caviar russe, sont parfaitement admis à figurer ensemble dans les déjeuners de la classe moyenne, sans que personne songe à se formaliser d'un luie pareil*. Or, du moment où non-seulement nous

* Àulu-Gelie, VI (VU), 16. — Voyez cependant aussi Varron, De re Histica> II, 6.

3 Voyez le fragment d'une pièce appartenant à la comédie moyenne; 6u peut-être à la nouvelle, rétabli par Lehrs et cité dans le programme Acad. AU).* 1869, 5, comme se trouvant dans Clément d'Alexandrie (Pœdag., H, 1, 3, p. 164, Pott).

4 Roscher, Idées, etc., pi 428, 54*

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