LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE
Il n'y avait, dans le chœur antique, qu'une différence d'octave, quand des hommes et de jeunes garçons, ou des hommes et des femmes, chantaient ensemble 1 . Le chœur était dirigé par un coryphée, placé au milieu, qui y remplissait certainement toujours aussi l'office de premier chanteur, et auquel il incombait, surtout, de maintenir tous ses camarades en mesure et d'accord f . Mais s'il ne peut y avoir de doute sur le manque, dans le chant des anciens, de ce que nous appelons l'harmonie, on ne saurait trancher la question de savoir si l'antiquité ignorait absolument l'harmonie, ou si, la connaissant, elle ne l'employait que datos l'accompagnement instrumental, comme Westphjd (p. 110, etc.) croit pouvoir l'affirmer. Dans la musique instrumentale, le centre de gravité ne résidait pas dans le concert de plusieurs instruments, mais dans le solo, c'est-à-dire dans l'effet d'un instrument en particulier, dans la virtuosité de l'artiste qui en jouait. Gela prouve assez que tout ce genre de musique n'avait qu'un développement chétif \ De même, la simplicité, ou plutôt l'exiguïté des moyens dont on disposait pour l'instrumentation, fait parfaitement comprendre combien cette musique était et devait rester subordonnée au chant. Car elle se bornait, au fond, à l'usage de deux instruments, la cithare et la flûte, tous les autres se trouvant en dehors du domaine de l'art proprement dit, comme les cors
1 Weslphal, p. 19, etc.; Ambros, p. 452, etc.
J Pline le Jeune, Lettres, II, 14, l7(mesochorus); C. I. G. III, 6231 (àpX 6 'x°P°<0 î Dion Cassius, LVI, 35 ; Dion Chrysostome, Or. LVI, 565, 19 M (coryphées). — Columelle, R. R. XII, 2 : Ubi chorus canentium non ad certos modos neque nu mer i s prœeuntis magistri consensit, etc. ; Apulée, Demundo, p. 749 : Quod est in triremi gubernator, incurru rector; praecentor in choris, etc. .
3 Voir Ambros, I, 461 à 494.
et la trompette (tuba\ réservés pour la musique de combat, ou les cymbales, les timbales et les autres instruments de tapage, principalement employés dans les fôtes de Bacchus. Quant à l'orgue hydraulique, instrument de luxe inventé plus tard, il paraît qu'on lui avait pourtant déjà accordé, du temps de l'empire romain, une place parmi les instruments que l'art ne désavouait pas; aussi fut-il admis à concourir pour les prix, dans les grands concours de musique. La preuve qu'on le regardait comme un instrument très-expressif, se trouve dans le témoignage de Quintilien \ qui reconnaît aux sons de cet orgue la puissance de remuer diversement, de mettre en excitation et de calmer, tour à tour, l'Ame de l'auditeur.
Parmi les flûtes, la double flûte, non l'instrument perfectionné, mais une flûte plus ancienne et plus grossière, marquait la transition de la flûte de Pan ou syringe, formée de tuyaux multiples, à la flûte simple 1 . Celle-ci, le véritable instrument des artistes et des virtuoses, n'était, comme on le sait, pas une flûte traversière, mais une flûte longue, et semblerait avoir eu le plus d'analogie avec la clarinette et le hautbois 3 . Le fait est qu'elle différait essentiellement de nos flûtes. Le son n'en était pas doux et suave, ni, par conséquent, fait pour exprimer la compassion et la tendresse; il paraîtrait avoir été plutôt, d'après