‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 182 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

les rapports du temps, vif et passionné, sauvage et provoquant; cependant il faut, pour bien juger de cette description, ne pas perdre de vue qu'elle doit se ressentir de l'impression du contraste avec le son mat des instruments à cordes de l'antiquité 1 . Ceux-ci, la lyre et la cithare, formes sœurs et, partant aussi, souvent identifiées d'un même genre, étaient des instruments semblables à la harpe, sans planche à touches, avec des cordes de boyaux ou de nerfs d'animaux, l'antiquité ne connaissant pas les cordes métalliques. Le nombre des cordes y fut, graduellement, porté d'abord jusqu'à douze, f puis élevé jusqu'à dixhuit. En outre, une multitude d'instruments à cordes asiatiques, tous, comme il paraît; plus ou moins semblables au psaltérion des Assyriens et des Hébreux, avaient trouvé accès en Grèce. Ils étaient tendus d'un plus grand nombre de cordes, mais dont plusieurs étaient à l'unisson, ou accordées en octaves : ainsi la magadis rendait dix sons avec vingt cordes, et Yépigonion, avec quarante cordes, n'était qu'une magadis doublée. Aucun de ces instruments n'atteignit à l'importance des lyres. Celles-ci, et les anciens en avaient de toutes les grandeurs, étaient, dans la musique grecque, ce que sont, dans la nôtre, les instruments de la famille des violons, dominant de même, dans toutes les gradations de taille, l'échelle entière des sons, depuis les dernières profondeurs de la basse, jusqu'à la suprême élévation du soprane. On jouait de la lyre, soit avec les mains, soit au moyen d'une petite verge de bois ou d'ivoire, terminée par un crochet et appelée plectre. L'art de faire vibrer les cordes avec l'archet, invention des Arabes, était complètement inconnu, dans

1 We&tphal et Ambros.

l'antiquité \ Or, la lyre et la cithare, de la puissance de son et d'expression desquelles nous ne saurions, d'après nos idées actuelles, concevoir qu'une très-médiocre idée, ont occupé, sans nul contredit, le premier rang dans la musique instrumentale des Grecs. La cithare était aussi en plus haute estime que la flûte, comme étant d'un jeu plus difficile que celle-ci. C'était vers la cithare que se tournaient principalement les virtuoses \ Il était difficile, comme pour le chant, d'y acquérir de l'habileté, malgré l'état limité des moyens techniques; aussi une exécution parfaite trouvait-elle d'autant plus d'admirateurs. On disait, pour faire honneur au talent des citharèdes les plus distingués, que leurs doigts savaient parcourir éloquemment les cordes, et y faire, en quelque sorte, vibrer le son de la voix humaine 8 . On faisait aussi jouer, de concert, la cithare et la flûte, ou pour elles seules, ou comme moyen d'accompagnement du chant. Cet accompagnement polyphone pouvait, d'ailleurs, s'effectuer encore au moyen ou de plusieurs instruments à vent, ou de plusieurs instruments à cordes, soit d'une combinaison des uns et des autres *. On peut admettre aussi, avec Jahn, que les instruments de ces deux classes alternaient, parfois, dans l'accompagnement, les uns avec les autres*. Chez les Romains, la flûte, jouée seule., accompagnait surtout le chant dramatique ; la cithare, le chant non dramatique, notam-

1 Ambros, 1, 461 à 476.

* Westphal, p. 21. Cicéron, pro Murena, 13, etc. (Quintilien, VIII, 3, 79) : Ut aiunt in grœcis artificibus eos aulœdos esse, qui citharœdi fieri non potuerint.

* Meyer, AnthoL lat. f 955, 957.

4 Westphal, p. 115. Ainsi déjà Pindare. Oh 3, 6. 1 Horace, Épodes, 9, 3 : Sonante mixtum tibiis carmen lyra Hac Dorium, illis barbarum. •

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