LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE
ment les chœurs lyriques 1 . Généralement, il était reconnu que le chant de l'espèce qui convenait à la cithare, ne pouvait convenir à la flûte f . Quant à l'association d'instruments du même genre, pour un jeu particulier, la musique grecque ancienne la pratiquait déjà : il y avait ainsi, par exemple, une musique de noce pour deux flûtes, une grande et une petite, lesquelles devaient, par leur jeu concordant, exprimer, tout à la fois, l'harmonie qui doit régner dans le mariage, et la prééminence que doit avoir le mari 8 .
Il n'est guère besoin de faire observer combien était grande la distance de ce concerto de flûte et de cithare à notre orchestre, et de la musique instrumentale de l'antiquité à la symphonie moderne. On est aussi, tout de suite, frappé d'une particularité qui résulte, pour l'art antique, de sa tendance purement idéaliste, et qui n'est pas ce qui le distingue le moins de l'art moderne : nous voulons parler de la sobriété extrême dans les moyens employés par le premier, pour arriver à produire ses effets. Mais c'est aussi dans leurs fins que la musique instrumentale des anciens et celle des modernes diffèrent essentiellement. Exprimer et provoquer certaines dispositions ou sensations, voilà, certes, ce que voulait et pouvait aussi la première, et de plus ses moyens, notamment dans les derniers temps, lui permirent d'arriver également à une assez grande variété dans l'expression. Aristide Quintilien divise les instruments en masculins et féminins. Parmi les instruments à vent, la trompette [tuba) appartient au premier de ces deux genres, la flûte phrygienne au se-
' Pline le Jeune. ZeMres, VU, 17. — Aulu-Gelle, XIX, 9. 2 Aristide Quintilien, 1. II, éd. Meibom, p. 91. »Pollux,IV, 80 et 83.
cond ; entre les deux se tient la flûte pythique, plus basse et, par conséquent, d'un caractère plus mâle, ainsi que la flûte chorale, plus haute, ayant quelque chose d'efféminé. Parmi les instruments à cordes, la lyre est masculine, la sambuca, avec ses petites cordes rendant des notes de dessus très-élevées, féminine, tandis que le polyphthongon se rapproche de celle-ci et la cithare de celle-là. Entre ces instruments, types des caractères principaux, il s'en place d'autres encore 1 . En général, on pensait que l'effet des instruments à cordes devait être d'élever l'esprit à une sphère de repos, de paix et de sérénité non troublée; celui des instruments à vent, au contraire, de produire une exaltation passionnée. Le joueur de flûte Canus, réputé sans rival dans la seconde moitié du premier siècle de notre ère, et auquel on attribue d'avoir dit une fois que, si ses auditeurs savaient combien son jeu lui procurait de jouissance personnelle, loin de le payer, ils le feraient payer lui-même % s'applaudit, dans Philostrate 8 , de son instrument, la flûte pythique, douée, dit-il, de la vertu d'adoucir l'affliction, d'accroître la joie, d'enflammer de plus en plus les amoureux, et d'élever les âmes pieuses. Mais jamais la musique antique n'a même songé à se proposer des tâches comme celles que la symphonie moderne, avec une richesse de moyens infiniment plus grande, il est vrai, est parvenue à remplir : elle qui transporte l'auditeur à toutes les sommités, comme dans toutes les profondeurs de la vie de l'âme, par le sentiment, le remue ou le touche, par l'expression de
1 Aristide Quintilien, II, éd. Meibom, p. 101, ainsi que 108 etc.
2 PlutarqueMn seni ger.s. resp., c. 5, 6, p. 786.— Voir aussi le même, Galba, cb. xvi et Martial, IV -, 5, 8.
3 Vie d'Apollonius de Tyane, V. 21 ; éd. K. p. 93.