LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE
pourrait que ces chœurs fussent, alors, exclusivement formés de citharèdes et de joueurs de flûtes 1 . C'est peutêtre l'invention de la pantomime (pantomimus), en Tan 22 avant Jésus-Christ, qui détermina l'introduction, au théâtre romain, d'une musique d'orchestre proprement dite. Là, les textes représentés par les danseurs étaient chantés par des chœurs, et ceux-ci demandaient, notamment dans des théâtres vastes et non couverts, d'après le caractère même d'un spectacle, qui visait surtout à frapper les sens, un accompagnement très-fort. Pylade, le fondateur de ce genre, qui, interrogé en quoi consistait son innovation, doit avoir répondu par un vers d'Homère déjà cité 1 : « Dans le concert des flûtes et des chalumeaux, ainsi que dans les clameurs de la foule, » fut peut-être aussi celui du nouvel orchestre de théâtre romain. Dans celui-ci, la flûte doit s'être maintenue comme l'instrument dirigeant, de même que le violon dans le nôtre; cependant syringes et cymbales, cithares et lyres, concouraient avec elle, tout comme dans les orchestres égyptiens, à produire les grands et bruyants effets d'ensemble (tutti). La mesure, dans l'accompagnement des pantomimes, comme dans celui des autres danses, était marquée par un instrument appelé scabillum, qui pouvait être attaché aux semelles des choristes, mais qui se trouve * sur les monuments, plus souvent posé à terre, à côté du danseur. Il était, comme on l'a déjà vu 8 , formé de deux plaqués, qui s'entrecho-
1 Le collegium symphoniacorum qui sacris publicis prœsto sunt (Henzen, 6097), n'est pas autre, sans doute, que le collegium tibicinum et fidicinum Romanorum qui s. p. p. s. (Orelli, 2448, inscription de l'an il 1 après J.-C). ,
» Tome II, p. 220:
8 Ibidem.
quaient avec bruit, à chaque battement de pied. Un orchestre que ne couvrait pas le vacarme de cette manière de battre la mesure en chœur, ne pouvait être un orchestre faible, de même que toute cette musique, en général, ne pouvait guère être plus qu'une représentation bruyante du mouvement rhythmique. Du reste, l'insensibilité au bruit du battement de la mesure s'est conservée, jusqu'à nos jours, en Italie, à un degré qui étonne les étrangers venant du nord de l'Europe 1 .
Selon toute apparence donc, la modification que la musique grecque dut subir à Rome, pour satisfaire à ce qu'on y attendait d'elle, fut, en partie du moins, calquée sur la musique de l'Orient. Dans tous les cas, le concerto d'instruments divers resta, dans la musique romaine, aussi commun qu'il paraît avoir été, au contraire, abstraction faite du jeu de la cithare combiné avec celui de la flûte, insolite ou même inouï dans la musique grecque : et cela dans la musique instrumentale pure, comme dans l'accompagnement du chant. Au temps d'Horace, on entendait, dans les temples de Vénus, des chants avec accompagnement de la lyre, du chalumeau et de la flûte de Bérécynthe*; et au temps d'Athénée, lors des Parilies, fête de la déesse Roma, depuis Adrien, célébrée le 21 avril, dans toute la ville, des chants mariés au son des flûtes, ainsi qu'au bruit des cymbales et des timbales a . Maxime de Tyr compare la poésie homérique, en raison de la variété de qualités et d'effets multiples qui lui est propre, à un instrument panharmonique, ou mieux à un orchestre, dans lequel la flûte, la lyre, la trompette, la
1 Ambros, I, 292, note.
' Horace, Odes, IV, 1, 22, — Voir aussi Jahn, p. 432.
3 Athénée, VII, 361 E.