LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE
La musique étrangère autre que la grecque avait, de bonne heure aussi, déjà trouvé accès à Rome. Depuis Tépoque des expéditions militaires dans l'Asie Mineure, des femmes, sexe entre les mains duquel la musique avait été de tout temps en Orient 1 , jouaient de la sambuca chaldéo-babylonienne* dans les festins et les orgies de la capitale du monde romain, et plus tard des musiciennes de la Syrie (ambubajaa), qui se faisaient entendre sur les places publiques 8 , jouant des instruments de leur pays, c'est-à-dire du fifre, des cordes et de la timbale, vinrent y affluer de plus en plus.
Il n'est fait mention à Rome que sous l'empire de la cornemuse babylonienne, sur laquelle Néron voulut se faire entendre*; cependant il n'est pas impossible qu'elle y fût connue depuis plus longtemps. C'est, toutefois, l'influence de la musique néo-égyptienne ou alexandrine qui parait avoir, depuis le commencement de l'empire, contribué le plus à cette nouvelle transformation de la musique romaine, de la musique instrumentale en particulier. Alexandrie demeura, même sous les empereurs romains, le foyer d'une activité musicale aussi grande que multi-
des symphonies, auxquelles coopéraient des centaines d'instruments* et qu'il faut croire, d'après le témoignage des anciens, que la musique instrumentale, dans la branche des instruments à vent en particulier* n'était pas alors moins riche ni moins variée que de nos jours. M; Friedlœnder ne voit pas bien, cependant, sur quoi se fonde cette asser-. tion, le passage de Plutarque (De mus., ch. xvm) cité par Mùller ne contenant rien de semblable.
1 Ambros, 1,183.
i Tite-Live, XXXIX* 6 : Tune psaltriœ sambucistriaeque (Ambros, I, 181) et convivalia ludionum oblectamenta addita epulis.
i Horace, SaL lj 2, h — Juvénal, 111, 62, etc*
4 Voir Ambros, I* 180 etc., avec de justes réserves, pour la confusion faite dans ce passage d\i pythattles avec Vutricularius.
pie. La population de cette ville ne le cédait, alors, à nulle autre pour l'amour et la connaissance de la musique; même des gens qui ne savaient ni lire ni écrire y distinguaient, tout de suite, la moindre fausse note dans le jeu d'un citharède; chanteurs, cantatrices et citharèdes, y transportaient les masses jusqu'au délire ; la musique semblait être, dans cette ville, comme une panacée pour tous les maux.
Les chanteurs et les musiciens d'Alexandrie étaient en grande estime, à Rome, depuis le temps d'Auguste déjà, et y obtenaient le plus de succès. Un virtuose, originaire de la première de ces villes, qui se fit publiquement entendre à Rome, vers la fin du second ou le commencement du troisième siècle de notre ère, sur le trigonon (peut-être la grande harpe égyptienne, de six pieds de haut), excita l'enthousiasme général à un tel point que, bientôt, nombre de personnes surent par cœur les mélodies qu'il avait jouées *. Trente ans après la conquête de l'Egypte, les mélodies alexandrines étaient déjà aussi familières que les airs de théâtre aux dames de Rome, qui les chantaient toutes 8 , et, au commencement du premier siècle, les petits maîtres de cette capitale avaient pris l'habitude de fredonner ces mélodies, conjointement avec celles des ballets gaditains 5 .
Dans les derniers temps de la république, il est fait
souvent, à la vérité, mention de symphonies 4 et de chœurs
. de musique (symphoniacï) qui les exécutaient b , notamment
dans les orgies et les fêtes de l'opulence. Cependant il se
1 Athénée, IV, 183, E.
2 Ovide, Remed. Amoris, III, 318.
3 Martial, III, 63, 5.
4 Cicéron, in Verrcm,ll, 3,44,105; II, 5, 13, 31 ;pro Cœlio, 15, 35.
5 Le même, Divin, in Cxcil,. 17, 55 ; in Verrem, II, 5, 15, 64 ; pro MUone, 21,55.