‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 189 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

simplicité de l'art ancien, passé de mode, conduisit rapidement à la décadence, et que la pantomime, dont on dépeignait la musique comme efféminée, sans dignité, lascive et pleine de vacarme et de fioritures, y contribua principalement, par la domination qu'elle obtint sur la scène. Des amis plus sérieux de l'art répétèrent, dans les premiers siècles de l'empire, et sans doute avec bien plus de raison, des doléances déjà exprimées à l'époque d'Alexandre le Grand. Les anciens seuls, disait-on alors, avaient su garder la dignité de- l'art, tandis que les compositeurs modernes, s'affranchissant de leurs tendances sérieuses, avaient, au théâtre, substitué à leur musique, virile et divine, une musique énervée et babillarde 1 . Là, dit Plutarque*, règne l'art de la danse, qui s'est presque entièrement asservi la musique; et, dans l'opinion de Quintilien 5 , la musique efféminée et obscène du théâtre n'avait pas contribué le moins à l'anéantissement du reste de virilité que possédait encore la génération de son temps. D'après un auteur grec * aussi, cette manie d'efféminer et de ramollir l'ouïe, désireuse d'être honteusement caressée et chatouillée, devait être considérée comme une maladie, qui avait perdu la musique.

Bref, les lamentations de ce temps sur la décadence de la musique ressemblaient beaucoup à celles qui ont

commutari mentes, frigi (frigier V.) animos eorum. — Voir aussi Horace, Art poétique, 211, etc.

' Pseudo-Plutarque, De mus., 15, 1. Cet [écrit est, comme Ta montré Westphal {Harmonie et mélopée, p. 61 à 57), le premier essai d'un musicien platonisant, qui en avait copié la majeure partie d'Aristoxène.

2 Plutarque, Quxsl. com>.,IX, 15, 17.

3 1, îOpSl.

* Pseudo-Plutarque. De esu carnium, II, 2, 3.

été et sont encore souvent proférées, dans notre siècle, par les champions d'une direction plus sérieuse de l'art musical. Effectivement, il y avait de l'analogie entre les phénomènes des deux époques. Il y a déjà près d'un demi-siècle, Thibaut, dans son Traité de la pureté dans Fart des sons, dit expressément que, « par la musique, on boit, sans s'en douter, à pleins traits, d'une coupe de jouissances que l'honneur commanderait de répudier, si elles nous étaient offertes sous une forme tracée avec le pinceau fou en paroles. Beaucoup de nos innocentes jeunes filles, » ajoute- t-ii, « si elles se rendaient compte de ce qu'elles sont souvent obligées d'entendre, ou même de louer et de chanter elles-mêmes, se mourraient de honte et de dépit. »

Dès lors, cet auteur s'élevait contre le côté énervant, sauvage, fantasque, ou érotiquement banal, en musique, contre l'élément vicieux de ces tendances convulsionnaires, grimaçantes, outrées, affligeantes et délirantes qui poussent, des derniers recoins à la surface, tout ce qu'il y a de mauvais au fond de l'homme ; il se demande si une musique à moitié composée de sentiments contre nature et d'un mélange d'éléments malsains ne nous est pas plus nuisible qu'utile ? Aussi la croit-il moins que tout autre art à l'abri du reproche d'avoir contribué à la dégénération actuelle. Il y a donc urgence, suivant lui, de rendre, par le retour à la simplicité et au naturel, aux nerfs, émoussés et détendus par la musique, l'élasticité dont ils ont besoin, et de vivifier de nouveau ce qui est près de s'éteindre, le pur amour de la musique pour elle-même et cette noblesse du goût qui demande à être épuré et relevé par la musique, non pas à être poussé et embourbé par elle dans la trivialité et ce qu'il y a de plus contraire à la

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