‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 190 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

nature 1 . On comprend très-bien du reste que, dans l'antiquité, le siège de cette musique ramollie, de l'invasion de laquelle on se plaignait tant alors, fût Alexandrie, et qu'il y eût, entre la musique de cette ville et l'ancienne musique grecque, un rapport analogue à celui qui existe entre la musique italienne moderne, ainsi qu'une partie de la musique française actuelle, et la musique allemande du dix-huitième siècle.

Mais, si les Romains dégradaient l'art, en permettant qu'il devînt un instrument pour satisfaire le besoin de jouissances de leur sensualité, il faut leur laisser la gloire d'avoir su parfaitement l'exploiter dans ce sens. Ils ont, effectivement, tiré de la musique, comme de tous les autres arts, pour rehausser les jouissances de la vie et embellir l'existence, un parti beaucoup plus large qu'il n'est d'usage et ne serait même possible, aujourd'hui. L'existence d'une institution telle que l'esclavage pouvait évidemment seule procurer les moyens de mettre la pratique de l'art, sur une aussi vaste échelle, au service du luxe; cela n'était possible qu'au moyen de la facilité, alors existante, de faire apprendre, par l'ordre du maître, et sous la direction de régisseurs, à une multitude d'esclaves, et exercer par ceux-ci en masse ces beaux-arts, que nous sommes habitués à considérer comme un produit précieux de facteurs dont la réunion est, pour nous, une chance rare et, partant, comme le plus beau fleuron du couronnement de notre vie intellectuelle. Parmi les armées d'esclaves des grands de Rome, esclaves originaires, en partie du. moins, de pays parvenus à une civilisation très-

1 Thibaut, De la pureté dans Vart des sons, 1825; 3 e éd. 1851, p. io, etc., 77,92, 112, etc.

haute, il ne devait jamais y avoir défaut de sujets intelligents et bien doués, et dans les conditions de Fart antique il y avait, pour l'enseignement et pour l'apprentissage, beaucoup plus de facilité que dans celles de l'art moderne. Ainsi, il n'était pas difficile de recruter, sur les centaines ou les milliers d'esclaves d'une grande maison, des chapelles de chanteurs et de musiciens de toute espèce, ni de compléter celles-ci par l'acquisition, à prix d'argent, d'autres artistes, outre qu'il en passait aussi continuellement de mains en mains, par héritage ou donation *. Chrysogone, le riche affranchi de Sylla, avait tant de musiciens, parmi ses esclaves, que tous les alentours de sa maison étaient remplis, jour et.nuit, du bruit de leurs chants et de leurs flûtes*. Quand les maîtres faisaient de petites excursions dans le voisinage, des chœurs de chanteurs et des bandes de musiciens les accompagnaient 8 .

Les villas, les villes d'eaux, les bains visités par le grand monde, retentissaient, jour et nuit, de chants mêlés au son des instruments*. Mécène se faisait bercer en sommeil, par les doux accents de symphonies, exécutées à une certaine distance 5 ; Caligula, trônant sur de magnifiques galères, par les douces vagues du golfe de Naples, également au bruit des chœurs et des instruments 6 . A table surtout, où l'on voulait jouir par tous les sens à la fois, la musique ne pouvait pas manquer 7 ; l'usage s'en

1 Cicéron, Div. in Cœcil., 17, 55; in Verrem, II, 5, 15, 64.

2 Le même, pro Roscio Amer., 45, 134.

3 Le même, pro Milone, 21.

4 Le même, pro Cœlio, 15. — Sénèq ue, Lettres, 51.

5 Sénèquè, Quare aligna incommoda, etc., c. m, 10.

6 Suétone, Caligula, ch. xxxvn.

7 Scnèque, Vit. beat. c. XI, 4 : Vide hos eosdem... aures vocum sono,

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