‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 194 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX;- ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX;- ARTS. — LA MUSIQUE

haut, charmaient le public à Alexandrie , se sont égale- . ment produites en public à Rome. Une peinture murale d'Herculanum * représente une scène de concert : au milieu est assis, enrobe longue et brodée, un joueur de flûte, qui joue de la double flûte et bat la mesure du pied, avec le scabillum ; à droite, se tient debout une citharède, pinçant les cordes de la main gauche, et tenant le plectre de la main droite ; à gauche, est assise une cantatrice, qui tient une feuille de texte à la main et attend le moment de prendre son tour. Cette image, il est vrai, paraît être celle d'un concert public, mais rien n'y offre une indication certaine quant au temps et au lieu où il fut donné. Des chœurs, chantant sans ou avec la coopération de chanteurs particuliers pour les solos, s'y produisaient très-souvent, avec divers accompagnements d'instruments, en partie très-riches, comme on l'a déjà fait remarquer*. Que l'on exécutât des morceaux du genre de nos symphonies, sans parties de chant, dans les concerts publics, où ils servaient peut-être d'introduction aux solos d'instruments, cela est très-bien possible, mais ne se trouve appuyé d'aucun témoignage positif 8 .

Néron, qui avait lui-même le désir de briller, non-

1 Ant. d. Ercol., V, 4, p. 201 ; Roux et Barré, Pompéji et Herculanum, II, 13; Helbig, Peintures murales, p. 348, etc. (en allem.).

2 Suétone, Domitien, ch. iv (chorocitharistœ). — Voir aussi Phèdre, V, 7, 25. /

3 Ainsi il est très-possible, mais n'est nullement certain, d'après le texte, comme l'admettait Grysar (Sur le cantique et le chœur, p. 49), que les « cornicines atque tubarum concentus » de Juvénal (X, 210, etc.) fussent un prélude au solo du citharède. Le prélude du citharède même s'appelle principium (Suétone, Néron, ch. xxi.). Cicéron aussi {deOrat., Il, 80, 325), dit: Gonnexum autem ita sit principium conséquent orationi, ut non tamquam citharœdi proœmium affictum aliquod... videatur.

seulement comme poète, mais aussi comme chanteur et citharède, fut le premier qui introduisit à Rome des. agonS) ou concours à la mode hellénique l , célébrés régulièrement, et dans lesquels les artistes voués aux muses se disputaient les prix. A la fête périodique, dite sacrée, instituée par lui en l'an 60, ces agons, ou concours de musique, étaient l'objet sur lequel se concentrait tout l'intérêt de la solennité. Sans choquer autant que les combats d'athlètes, ils rencontraient pourtant aussi de la désapprobation dans les cercles des conservateurs romains. La justice, disait-on là, n'avait rien à y gagner, et les chevaliers ne vaqueront certes pas mieux à leur office de juges, apès avoir écouté, en connaisseurs, un chant plein de mollesse et les sons fondants d'une musique tendre \ L'agon capitolin , toutefois , aussi déjà mentionné au tome II, et fondé en l'an 86 par Domitien, parvint à une considération beaucoup plus haute que le concours néronien, et réussit à s'y maintenir. Pour les représentations > musicales qui y avaient lieu, Domitien fit construire, au champ de Mars, par le célèbre architecte Apollodore, un théâtre couvert, l'Odéon, qui pouvait contenir de 10,000 à 11,000 spectateurs, et comptait encore au quatrième siècle parmi les plus beaux édifices de Rome.

A cette fête, qui revenait tous les quatre ans, dans la saison d'été, on voyait, à côté des poètes, les chanteurs etles musiciens aspirer également à la couronne de feuilles de chêne, que l'empereur y conférait solennellement au vainqueur, de sa propre main, d'après la décision

1 Cyprien, De speclac. : Gra&a iila certamina vel in cantibus, vel in fidibus, vel in vocibus, vel in viribus. 1 Tacite, Annales, XIV, 20,

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