‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 195 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

des juges. Cet honneur, la rareté et la majesté de la fête, ainsi qu'un auditoire formé des plus grands personnages de Rome, donnaient un prix et une importance sans pareils, dans le monde musical du temps, à ces joutes des chanteurs et des virtuoses. Y remporter le prix équivalait, par le fait, à se faire reconnaître comme le premier dans son art, non-seulement à Rome, mais dans le monde entier. On voyait des artistes accourir des pays les plus lointains, de l'Asie et de l'Egypte, pour prendre part à ce concours, et il existe, encore aujourd'hui, plusieurs monuments dont les inscriptions font connaître que tel ou tel musicien célèbre avait, lui aussi, remporté la couronne de Tagon capitolin. On njentionne notamment les concours pour le chant, la citharédique, le solo de la flûte pythique et les déclamations dramatiques ; les concours pour le jeu simple de la cithare, sans accompagnement, et la cithare chorale, introduits par Domitien, ne tardèrent pas à être supprimés.

Les musiciens exécutants n'étaient pas, dans l'antiquité, plus communs que maintenant; mais ils étaient probablement, d'ordinaire, en même temps compositeurs, à cette époque, attendu que le maniement des formes musicales beaucoup plus simples et mieux arrêtées du temps ne pouvait, en général, offrir des difficultés aux personnes versées dans la musique. Ajoutons qu'ils étaient même parfois poëtes, comme cela devait être, avec l'alliance bien plus étroite qui existait alors entre la poésie et la musique 1 . Les plus célèbres virtuoses, tels que le chanteur Tigellius*, de la cour d'Auguste, les citharèdes Mé-

* Voir, par e temple au tome II, p. 381, note 4, l'inscription relative au poète et musicien, M. Semporius Nicocràte. 3 Acro, Horace, Satires, I, 2; 3 : Dicebatur in poematis suis placera

nécrate 1 et Mésomède*, qui vivaient à celles de Néron et d'Adrien, brillaient dans le débit de morceaux de chant composés, ou du moins mis en musique par eux-mêmes. Des poésies de Mésomède il s'est conservé quelques restes, ainsi que la musique d'une de ses pièces de vers, de l'hymne de la Vengeance (Némésis*).* ,

Quant au genre, affecté par les musiciens virtuoses du temps de l'empire romain, il offrait beaucoup d'analogie avec ce qu'il est encore de nos jours. Parmi les exercices préparatoires, longs et pénibles, par lesquels on arrivait à la perfection, figurait notamment aussi le solfège, consistant dans la vocalisation des notes les plus profondes aux plus élevées*. En outre, les chanteurs artistes étaient tenus de s'astreindre à une manière de vivre réglée sévèrement et pleine de contrainte, mais réputée nécessaire pour former et pour fortifier la voix. Ils ménageaient leur gosier le plus possible, donnaient un temps de repos à la voix, après chaque effort^ et se tenaient un mouchoir devant la bouche, quand ils étaient obligés déparier haut. Ils observaient une grande abstinence en toutes choses, même dans le manger et le boire, usaient de purgations et de frictions, se tenaient couchés sur le dos, avec des plaques de plomb pressées contre la poitrine, passaient certaines heures en promenades, se gardaient du soleil et du vent, du brouillard et de l'air sec, etc. 8 .

voce non carminum probitate. Cantor optimus et modulator, dans Horace, Sat., I, 3, 129.

1 Pétrone, Satir., ch. lxxiii : Menecratis cantica.

2 Eusèbe. Chron. ad. a. 146, p. Ch.-Suidas, v. Mesomedes, avec les notes de Bernhardy, et Jacobs, Anthol, 111, p. 6.

3 Ambros, I, 450.

4 Quintilien, XI, 3, 19, etc. : Prœparare ab imis sonis vocem ad summos. & Suétone, Néron, ch. xx, 25.— Galien, De locis affectis, VI, 6 ; éd. K.,

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