‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 200 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

dans la position de Sylla, non-seulement admettait des acteurs dans sa société, mais ne dédaignait pas l'éloge qui le déclarait excellent chanteur lui-même 1 , cela ne pouvait manquer de choquer beaucoup, attendu que Cornélius Népos encore fait ressortir, en .parlant des différences entre les mœurs et les idées des Grecs et celles des Romains, que, dans l'opinion de ceux-ci, il ne sied pas à un homme haut placé d'exercer la musique \ La jeunesse, à la fois élégante et corrompue, du parti de Catilina, s'entendait à merveille, d'après Cicéron, à faire l'amour, à chanter, à pincer les cordes et à danser 8 . Ainsi, le dilettantisme en musique était, sans doute, alors aussi blâmé, en toutes circonstances, par bien des personnes ; mais l'application à la théorie de cet art ne devait plus être chose rare en ce temps-là, puisque déjà Varron l'admit dans le cycle des sciences formant la base du cadre général d'une éducation complète. C'est depuis le commencement de l'empire, sans doute, que non-seulement la théorie de la musique était généralement comptée parmi les objets de l'enseignement supérieur *, mais qu'il devait être aussi devenu très-commun d'apprendre le chant et l'art de jouer des instruments à cordes aux garçons, pour compléter leur éducation. Columelle mentionne des écoles de musiciens, à côté de celles des rhéteurs et des mathématiciens 5 . Titus, qui fut élevé à la cour de Claude, conjointement avec le fils de celui-ci, Britannicus, et eut, dans les mêmes sciences,les leçons des mêmes maîtres, fit des pro-

1 Macrobe, l. c.

2 Cornélius Népos, praef.

3 Cicéron, Catil., II, 10, 23.

* Sénèque, Lettres, 88, 9. — Quintilien, I, 10, 22. 5 Columelle, R. R.> I, praef. 5.

grès rapides dans toutes les branches. Il n'était pas seulement versé dans l'éloquence et la poésie des deux langues, il Tétait aussi en musique, chantant et jouant de la cithare habilement et d'une manière agréable *. Britannicus (né le 13 février 41), qui excita la jalousie de Néron par la possession d'une voix meilleure que celle de ce prince % avait lui aussi reçu une éducation musicale. A la fête des Saturnales, en décembre 54, Néron, élu roi par le sort dans la société des compagnons de son âge, enjoignit au jeune Britannicus, qui n'avait pas encore quatorze ans, de s'avancer et de chanter un air, dans l'espoir de le ridiculiser. Mais Britannicus, non déconcerté, se mit à chanter une poésie contenant des allusions très-claires à sa spoliation du droit au trône. L'émotion générale que produisit ce chant aigrit davantage la haine de Néron et fut ce qui détermina immédiatement et, en dernier lieu, Tannée suivante, l'abominable assassinat de cet adolescent, qui donnait de si belles espérances 8 . Quant à Néron, Suétone dit, expressément *, qu'on l'avait appliqué à l'étude de la musique comme à celle des autres branches de l'enseignement. Parmi les maîtres de Marc-Aurèle on nomme Andron comme le professeur qui lui enseigna la musique, en même temps que les mathématiques 5 . De Commode, son biographe dit qu'il n'avait profité en rien de l'enseignement scientifique des meilleurs maîtres, mais que, d'un autre côté, il avait montré, dès l'enfance, du talent pour des choses qui s'accordent mal avec la dignité impériale,

1 Suétone, Titus, ch. m.

2 Le même, Néron, ch. xxxm.

3 Tacite, Annales, XIII, 15.

4 Néron, ch. xx.

5 H. A. f Vit a Mi Antonini, c. h.

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