‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 201 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

telles que Fart de modeler des coupes, la danse et le chant 1 .

Chez les jeunes filles on attachait naturellement, de tout temps, encore plus d'importance à l'instruction musicale que chez les garçons. Des musiciens célèbres, comme. Démétrius et Tigellius, passaient, déjà du temps d'Horace, une grande partie de leurs journées à côté des fauteuils de leurs belles élèves \ Celles-ci apprenaient non-seulement à chanter, mais aussi à jouer de la cithare et des autres instruments à cordes, et il paraît qu'elles acquéraient très-souvent l'habileté nécessaire pour chanter et accompagner des textes, fournis par un poète, d'après des mélodies composées par elles-mêmes. Cela n'était, sans doute, pas aussi difficile qu'aujourd'hui, les formes de la musique des anciens étant, comme on l'a déjà fait remarquer , beaucoup mieux arrêtées et plus faciles à manier, de sorte que l'on pouvait alors apprendre, avec de l'application, bien des choses pour lesquelles il faut aujourd'hui, sinon le génie créateur, au moins du talent. Des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles accompagnaient, selon toute probabilité, assez souvent de leur chant les solennités religieuses. Catulle a composé, pour un de ces doubles chœurs, un hymne en l'honneur de Diane \ Aux jeux séculaires, la cantate de circonstance était chantée dans le temple d'Apollon palatin, en latin et en grec, par trois bandes de neuf garçons chacune, et le même nombre de petites filles *. Aux obsèques d'Auguste, des enfants des deux sexes des plus grandes familles chan-

« H. A., Vita Commodi, c. i.

2 porace, Sat. I, 10, 98.

s Catulle, C. xxxiii.

* Marquardt, IV, 340.

tèrent l'éloge funèbre du défunt * ; à la fête mortuaire précédant les apothéoses des empereurs, un chœur de nobles garçons et un chteur de dames nobles chantaient aussi, à côté de la bière, au Forum, suivant Hérodien, l'éloge en vers du défunt, sur des mélodies plaintives et solennelles f . Il y avait même des occasions dans lesquelles, loin de tirer à conséquence, il était -même de rigueur, pour des hommes de qualité, de chanter en public. Un homme aussi sérieux et rigide que Thrasée Pétus n'avait-il pas, à un spectacle antique et solennel, ne revenant que tous les trente ans, à Padoue, ville de ses pères, chanté, et même en costume, une scène de tragédie 8 ?

Le dilettantisme musical des femmes et des jeunes filles n'avait, anciennement, aussi été approuvé que jusqu'à un certain point par les hommes se piquant de rigidité. Salluste encore se place à ce point de vue, quand il dit de Sempronia, liée avec Catilina, qu'elle chantait avec plus d'art qu'il ne fallait pour une honnête femme \ Mais plus tard, selon toute apparence, non-seulement tout blâme de l'espèce cessa complètement, mais l'habileté musicale fut comptée, généralement, parmi les conditions indispensables de toute bonne éducation féminine. Stace fait sonner, parmi les avantages par lesquels sa belle-fille mériterait de trouver un mari, qu'elle savait jouer du luth et chanter les vers de son beau-père sur des mélodies de sa propre composition, et Pline le Jeune fait un éloge semblable de sa troisième femme. Lucien porte aux nues

1 Suétone, Auguste, ch. c.

" Hérodien, IV, 2, 5.

3 Tacite, Annales, XVI, 21 ; Dion Cassius, LXII, 26.

4 Salluste, BeUum Catilinarium, c. xxv.

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