‹ Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des AntoninsChapitre 206 sur 218 · LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — LES BEAUX-ARTS. — LA MUSIQUE

mettre que les femmes chantassent, l'apôtre saint Paul leur ayant imposé le devoir du silence dans la commune. Aux ascètes, trouver du plaisir à la musique, apparaissait comme une envie charnelle des plus condamnables. Saint Augustin, qui était très impressionnable à la musique, et versait souvent des larmes, en entendant les hymnes de saint Ambroise, se faisait, par cette raison même, scrupule de s'abandonner à ces sensations, et craignait que la teneur de ces chants ne trouvât accès chez lui, à la faveur de ces sons, si flatteurs pour l'oreille. Dans ces moments-là, il désirait que tout chant suave ffyt banni de l'église, et qu'on y récitât les psaumes, comme saint Athanase l'avait introduit à Alexandrie, plutôt que de les chanter 1 . Dans l'Église d'Occident, le plus ardent promoteur du chant d'église, fut saint Ambroise, comme l'avait été saint Basile dans celle d'Orient. Il n'entendait pas, il est vrai, que les chants de perdition de ces coloratures (chromata) de théâtre, qui disposent le cœur à l'amour sensuel, dussent charmer les chrétiens, mais il avait d'autant plus en haute estime le plain-chant, qui édifie véritablement. « Qu'y a-t-il de plus suave qu'un psaume? dit-il ; n'est-ce pas à la fois la louange de Dieu et la profession de foi la mieux sonnante ? L'apôtre a bien recommandé aux femmes le silence à l'église; m$is les psaumes, elles les chantent très-bien. Or tout âge, ainsi que tout sexe , est bon pour chanter des psaumes. Les vieillards, en les chantant, se démettent de la sévérité de leur âge, les hommes plus jeunes les chantent sans encourir le reproche de mollesse, les adolescents, sans danger pour l'impressionnabilitéde leur âge et sans tentation de volupté, les tendres jeunes filles sans

1 Saint Augustin, Confessions, IX, 6. — Forkel, II, 133, etc.

préjudice de leur pudeur féminine; les vierges et le» femmes mariées, enfin, font retentir mélodieusement, sans s'écarter de la décence, avec une dignité grave et toute la suavité des riches accents de leurs voix, l'hymne du Seigneur. Aussi que de peine on a à obtenir le silence du peuple à l'église, quand on s'y borne à la simple lecture; mais que le chant du psaume se fasse entendre, tout le monde aussitôt se tait 1 . »

Cependant, le souvenir de l'origine et du caractère païens de la musique s'effaça de plus en plus, à mesure qu'une nouvelle substance se répandit dans les anciennes formes ; et, comme elles se sont trouvées parfaitement propres à recevoir cette substance, les formes musicales, nées du sentiment qu'avait de cet art la Grèce antique, se sont aussi en partie conservées, plus immuables que celles de tout autre art. Le système des ' six ou sept tons ou modes grecs, propagé par une tradition ininterrompue, demeura, dans l'âge chrétien aussi, le fondement de la composition musicale. Les maîtres du siècle dernier seulement y ont substitué le système de musique basé sur deux modalités; c'est J.-Séb. Bach qui montra le premier, dans sa méthode de piano (intitulée Wohltemperirtes Clavier), la variété de gammes, inconnue jusque-là, résultant de la transposition de la tonalité, d'après les douze modes majeurs et mineurs.

Ainsi s'est produit, dans l'histoire des arts, ce phénomène extraordinaire que l'art qui s'est, précisément, le plus écarté, dans sa direction, du génie antique, est pourtant celui qui, dans son développement historique, nous a

* Saint Anibroise, Op., I, p. 740 (Prxf. ad Psalm. I). — Forkel, 131, etc.

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