LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
parmi lesquels figuraient aussi les vomitifs, telle qu'on la pratiquait déjà chez les anciens Égyptiens 1 , avait été recommandée ensuite par la plus grande autorité médicale de l'antiquité grecque, le célèbre Hippocrate, auquel se rallient, au moins en grande partie, les médecins des temps postérieurs, ne déconseillant que l'abus de cette — méthode. Du temps d'Hippocrate-même, les vomissements après le repas paraissent avoir été plus usités que les vomissements à jeun. Gelse n'entendait pas blâmer Asclépiade d'avoir rejeté absolument, dans son livre sur l'Aygiène^ l'usage diététique des vomitifs, en l'y supposant déterminé par l'habitude de bien des gens d'en prendre tous les jours; il n'admettait pas que l'on y recourût pour favoriser les excès de la gourmandise; mais il savait cependant, par expérience, que le moyen susdit, employé à propos dans certains cas, ne pouvait que faire du bien à la santé 1 . Le célèbre médecin Archigène aussi, sous Trajan, déclara l'usage modéré des vomitifs, pris deux ou trois fois par mois, extrêmement salutaire 8 . Galien conseille d'en user avant plutôt qu'après le repas. Parmi ceux qui, regardant l'usage diététique des vomitifs comme positivement nuisible, voulaient qu'on n'y recourût qu'en cas de maladie, il faut ranger Pline l'Ancien*. Toujours est-il que le nombre des débauchés qui vomissaient, pour se remettre en état de manger, puis .mangeaient, pour revomir, et tenaient à ne pas embarrasser leur estomac de la digestion de repas composés de mets provenant de toutes les
1 Hérodote, Iî, 77. — Diodore, I, 82.
. * Celse, I, 3, p. 27, etc. — Voyez aussi, sur Asclépiade, Pline, Hist. nat.y XXVI, 17.
» Oribase, Coll. med., VIII, 23 (éd. D., III, p. 202).
* Hist. nat^ XX VIII, 54 : Vomitione rara sibi mederi utile homini. — Voir aussi ibidem, XI, 282, et XXIX, 27.
parties du monde, pouvait bien être assez considérable, au moins du temps de Néron, quand ces lignes sortirent de la plume de Sénèque 1 . Mais les propos d'écrivains si portés à exagérer et à trop généraliser, ne suffisent guère pour nous convaincre que la dégoûtante habitude des vomissements quotidiens, avec toutes ses conséquences, aussi pernicieuses que répugnante, ait jamais pu se communiquer à une grande partie de la société, même à l'époque des plus terribles orgies 1 ; car, pour les temps ultérieurs, un pareil débordement est encore moins admissible. On est donc allé trop loin en se représentant généralement les Romains, d'après ce que Pline l'Ancien 8 et Sénèque* ont dit des suites de débauches qui, de leur temps, pourraient bien toutefois n'avoir été, malheureusement, que trop fréquentes 5 , comme une race au visage hâve, aux joues bouffies, aux yeux gonflés et aux mains tremblantes", avec de grosses bedaines, affaiblie d'intelligence et dépourvue de mémoire, pour ne pas dire plus 8 .
En réalité, d'après ce qui résulte de l'ensemble des témoignages parvenus jusqu'à nous, lé luxe de la table à Rome, sous l'empire, quelque exorbitant et contraire aux lois de la nature qu'il parût aux anciens, était bien inférieur à celui qu'offrent actuellement, en Europe, nos grandes capitales; on peut même se demander s'il atteignait seulement à la grande chère du dix-huitième siècle- Lady Montague, pendant le séjour qu'elle fit à Vienne en
« Ad HelV. 9 10, 3;
* C'est la réfutation de la thèse de Marquardt. a HisL na*.,XIV, 142.
* Letlres-, 95, 1 5, etc.
* Galieu {De Meth. rned.) vol. X, p. 3, etc., éd. K) ne fait pas mention de ces suites.
* Ce portrait peu flatteur et trop généralisé est de Marquardt;