LIVRE VI1K — LE LUXE ROMAIN
maine eut les conséquences les plus importantes. Quand l'empire romain fut arrivé au terme de son développement, ses limites se trouvèrent coïncider, à peu près, avec celles des récoltes du vin et de l'huile. Cependant, le domaine de la production de ces deux denrées ne s'était élargi qu'insensiblement, aux dépens de celui de la bière et du beurre. Avec l'expansion de la culture hellénique d'abord et de la culture romaine ensuite, le noble fruit de l'olivier s'était répandu, de l'angle sud-est de la Méditerranée , sa patrie originaire, sur tous les pays qui forment son ressort actuel. De Marseille, l'olive avait progressé, dans les Gaules, jusqu'à sa limite septentrionale de production; de là, les côtes delà Ligurie s'étaient couvertes de même de plantations d'oliviers, et si, dans le district des bouches du Pô, la situation trop basse des terrains inondés en empêchait l'introduction, elles réussirent d'autant mieux en Istrie et dans la Liburnie. L'huile de l'Istrie rivalisait avec celle du midi de l'Espagne. Dans la péninsule au-delà des Pyrénées, la culture de l'olivier avait gagné du terrain et de la consistance, en avançant, de front avec le3 progrès de la civilisation * des côtes vers l'intérieur '.
Quant à la vigne, elle parvint à conquérir des régions beaucoup plus septentrionales* ainsi qu'à s'y maintenir; Golumelle s'autorise d'une citation empruntée aux écrits d'un agronome plus ancien, Saserna* pour accuser un changement dans le climat, promettant que les contrées jadis trop froides^ pour la culture de la vigne et de l'olivier, auraient bientôt abondance de vin et d'huile; Mais cela n'est point arrivé, bien que, dans le cours des siècles, la culture des deux produits progressât graduellement au nord. Dans
{ Hehn, 79, 57; etc.
les temps modernes, au contraire, celle de la vigne en particulier s'est retirée de plus en plus des régions septentrionales, en cessant d'y être profitable : ainsi du nord de la France, du midi de Y Angleterre, de la Marche de Brandebourg, de la Prusse occidentale, etc. Du littoral de l'Adriatique, la vigne ne gravit pas seulement les pentes des Euganées, mais de bonne heure aussi les coteaux avancés et les revers méridionaux des Alpes. Déjà Caton avait fait l'éloge des vins de la Rhétie, c'est-à-dire du Tyrol et de la Valteline.
Dans le nord de l'Afrique la production du vin, d'origine phénicienne, remontait à la plus haute antiquité, et elle n'y fut anéantie que postérieurement, par l'islamisme *. La péninsule au-delà des Pyrénées manquait, d'après Strabon, les provinces du sud et de l'est exceptées 1 , presque entièrement de vin, comme de figues et d'olives: le littoral du nord, à cause de la rigueur du froid ; l'intérieur, à cause de la barbarie des habitants 8 . Chez les Lusitaniens, buveurs de bière, le vin était encore rare; cependant, la vigne avait commencé, dès lors, à pénétrer dans la vallée du Douro 4 , où se récoltent aujourd'hui les vins dits de Porto. Du temps de Pline encore, l'Espagne même passait pour être surtout un pays de bière. Sur le sol gaulois, les premières plantations de vigne furent faites sans doute aussi à Marseille, d'où elles se propagèrent, avec les colonies formées par cette ville, à l'est comme à l'ouest, en suivant le littoral, et pénétrèrent peu à peu dans l'intérieur, si bien que les Romains ne tardèrent pas à se croire
1 Hehn, 30, etc., 36.
2 Vairon, De re ruslka, I, 8, 13. — Pline, Hist. nat. 9 XIV, 7 1, etc. 3Hehn, 81.
♦Strabon, 111, 416, p. 164 C.