LIVRE VIII. — LE LUXE ROMAIN
il ne parait pas, cependant, qu'ils puissent soutenir lacomraison avec ceux de notre propre horticulture. Dans le plus grand des jardins appartenant aux maraîchers des environs de Londres, on voyait figurer dès (828, entre autres plantes potagères cultivées pour le commerce, 435 espèces de salades, 261 de pois, 240 de pommes de terre, etc«\ Il paraîtrait qu'en valeur aussi les produits obtenus, de nos jours, par le jardinage, surpassent ceux qu'il donnait dans l'antiquité. Ainsi le dessert seul d'un dîner donné par Rothschild, à Londres, et dont parle le prince Puckler Muskau*, avait coûté 100 livres sterling (2,500 fr.), ce qui ne serait môme aujourd'hui plus rien d'extraordinaire. Les truffes,, peu goûtées des anciens, qui ne connaissaient, à ce qu'il parait, même pas la truffe noire 8 , forment actuellement, en France, l'objet d'une culture et d'un commerce d'exportation grandissant d'année en année. On en paye la livre au producteur environ 9 fr. 50 et, pour le consommateur, le prix s'élève jusqu'à 36 fr. L'exportation de cet article pour 18 Russie, l'Angleterre et l'Amérique a passé de 104,000 livres en 1865, à 120,000 en 1866 et à 140,000 en 1867. La vente d'une maison de Carpentras, qui en 1832 ne plaçait encore que 18,000 livres de truffes, atteignit en 1866 le chiffre de 109,900 livres 4 .
Il n'a été question jusqu'ici que des acquisitions de l'Italie seule en cultures végétales. Celles-ci, elle les communiqua, après être devenue le centre de la domination universelle, en proportions croissantes avec le temps,
1 Puckler-Muskau, Lettres d'un trépassé, IV, 390.
* Ibidem, IV, 37.
* Marquardt, Manuel, V, 2 , 334, etc.
4 Âusland (revue périodique), année 1870, n° 24, p. 576.
aux provinces, dans la végétation comme dans le régime alimentaire des habitants desquelles une révolution s'opéra ainsi peu à peu. Les arbres fruitiers, en partie du moins, se répandirent au-delà des Alpes, avec une étonnante rapidité. La cerise, 120 ans après son acclimatation en Italie, vers 47 avant Jésus-Christ, avait déjà passé en Bretagne, à la suite de l'expédition envoyée dans cette lie par Claude. Dans la Belgique, en comprenant sous ce nom tout le pays qni s'étend entre la Seine, la Saône et le Rhône, le Rhin et la mer du Nord, ainsi que sur les bords du Rhin, les cerises lusitaniennes étaient réputées les meilleures, au temps de Pline 1 . La pistache, apportée en Italie par L. Vitellius, comme on Ta déjà dit, fut introduite en Espagne par son compagnon d'armes, le chevalier romain Pompée Flaccus*. Au temps de Pline et de Columelle, la Provence produisait déjà une variété précoce de la grosse pêche 8 . Une espèce de casia, cultivée comme plante odoriférante, venait déjà très-bien, du temps de Pline, aux derniers confins de l'empire, baignés par le Rhin. On l'y cultivait dans le voisinage des ruches d'abeilles 4 . L'Allemagne, dont Tacite jugeait en* core le climat trop froid pour ces cultures, doit aux Romains, non moins que la France et l'Angleterre, les commencements de ses plantations, aujourd'hui si florissantes, d'arbies fruitiers s .
C'est toutefois pour la propagation de la culture de Vo* livier et de la vigne que l'influence de la civilisation ro-
1 HisU nat, XV, 102.
2 JMctem,XV, 191.
3 Hehn, 314.
4 Pline, Hist.nat., XII, 98.
* Hehn, 319.