CHAPITRE III
lie lue de l'habillement et de la parure.
Le luxe des étoffes riches est très-restreint dans l'antiquité ; le luxe de l'habillement en général moindre que dans les temps postérieurs, à beaucoup d'égards. — Luxe d'un fréquent changement d'habits. — Luxe des couleurs : la pourpre. — Comparaison avec le luxe d'habillement des temps modernes. — Importation des articles de luxe de l'Orient. — Ce luxe, très -faible si on y applique l'échelle moderne, reste borné à Rome et aux autres villes les plus importantes de l'empire. — Luxe des pierres précieuses. — Imitations de pierres précieuses. — Luxe des perles. — Richesse des conquistadores et des nababs modernes en joaillerie. — Le luxe de* perles et des pierres précieuses dans les temps modernes en général. — Quel était le luxe de l'habillement dans les classes inférieures ? — Luxe des odeurs et de la parfumerie.
Le luxe du costume, dans ces temps reculés, portait en majeure partie sur d'autres objets qu'au moyen âge et dans les temps modernes. Vu le faible développement de rindustrte manufacturière dans. l'antiquité, il n'y avait que peu d'étoffes riches. Les lainages étaient celles dont l'usage, pour l'habillement, remontait le plus haut; cependant, les femmes portaient aussi des tissus de lin, déjà sous la république, tandis que leshoiùmes commencèrent seulement dans les derniers temps <Je ce régime à faire usage de la toile fine, qui plus tard servit principalement à leur faire
des mouchoirs. La tunique de lin était portée généralement, à Rome, depuis le troisième siècle de notre ère 1 , peut-être même depuis plus longtemps 8 . La toile la plus fine, celle qu'on appelait byssus, venait de l'Egypte, de la Syrie et de la Cilicie. L'importation du coton des Indes orientales (carbasus, en sanscrit carpâsâ) à Rome date, pour le moins, des guerres d'Asie (de l'an 191 avant Jésus-Christ), si elle ne remonte pas plus haut; les mousselines étaient aussi employées à l'habillement. La soie de Chine ne fut d'abord importée qu'à l'état de soie grége et moulinée, mais à cette importation vint se joindre ensuite celle de tissus légers de soie teinte, mélangée de lin ou de coton. Ces tissus mi-soie, diaphanes comme une gaze, et bariolés, étaient portés, dans le premier siècle de notre ère, nonseulement par les femmes, mais aussi par des hommes efféminés. C'est bien plus tard seulement que, pac suite de l'accroissement des rapports commerciaux avec l'Orient, les étoffes riches de soie pure s'introduisirent également en Europe. Héliogabale fut le premier qui en porta. Quant au satin et au velours, ils étaient, que nous sachions, parfaitement inconnus dans l'antiquité. Le luxe, oriental aussi, des étoffes brochées d'or, en soie particulièrement, se répandit à mesure que l'usage de la soie devenait plus général. Mais celui des broderies d'or se bornait aux tapis, rideaux et couvertures, au costume d'apparat des généraux triomphateurs, ainsi qu'aux galons, bordures et
1 Marquardt, Manuel, V, 2, 95 à 97.
2 Juvénal, III, 150:
. . • . . . vel si consuto volnere crassum Atque recens linum ostendit non una cicatrix.
Il semble bien qu'il ne peut être ici question que d'une tunique reprisée.